Le petit bleu du matin

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s.n. 1918, 19 Novembre. Le petit bleu du matin. Accès à 25 mai 2019, à https://hetarchief.be/fr/pid/st7dr2q462/
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Bruxelles, Mardi 19 Novembre 1918. 10 CENTIMES 25" année. - N° 1. KEDAU 11UIN : 8 6, RUE DE LA MONTAGNE L es conditions d'abonnemen1" seront fixées prochainement. Actu ellement le Petit Bleu ne se iî n d qu'au numéro. Le Petite ADMINISTRATION : 66, RUE DE LA MONTAGNE Annonces : i fr. la ligne. Réclames, 2 fr.; Nécrologie, 3 fr.; Faits divers, 4 fr.; Echos, fr. 7.50. LE PROGRAMME DU " PETIT BLEU" jLa Belgique qui, ea tenant tête durant les premières semaines à l'invasion germanique, a sauvé — au prix de quelles souilrances! — ia civilisation latine, la Belgique est libérée. La presse, consciente de sa dignité, peut reprendre fièrement son l'oie... * ★ ★ Le 2 août 1914, le « Petit Bleu » pub liait,sous un titre en manchette: « Honte à la barbarie! Vive 1a France 1 » cet article, cité par Emile W axweiier dans son admirable livra «La Belgique neutre et loyale», — où il rappelle que le gouvernement,poussant à l'extrême le respect de la neutralité, fit ouvrir par le parquet, contre notre journal, une instruction, close d'ailleurs bien vite par un non-lieu ; Depuis un© .semaine, 1® cauchemar te plus angoissant pèse sur l'Europe. L'incertitude qui entoure encore les décisions inteirna/t-ionales augmente l'horreur de la situation. Les petit® pays, comme la- Belgique, qui «put soucieux de défendre leur indépendance politique, ont dû mobiliser. Des milliers d'hommes ont été brutalement arrachés à leours foyers, y abandonnan/1 dans les larmes et liai terreur du lendemain leurs femmes et leurs enfante. L'affolement gagne toute la population ; ia vie; économique est arrêtée. Chaque heure d'at tente et d'incertitude pèse sur les cœurs angoissés. Lorsqu'on s'arrache 4 .la vision immédiate de ia douceur ambiante, on entrevoit, des ruées d'hommes les uns contre les autres, des chocs d'armées faisant choir des milliers d'existences humaines dams des torremus de sang, et, pour finir, une dévastation générale, un amoncellement de ruinps. A l'aurore du XXe siècle, on est replongé en pilerine barbarie. Une protestation formidable éclate aiors comme une plainte; déchirante contoe les. Barbares qai ont déchaîné tous ces mal» heurs. Gai* nul ne s'y trompe. La: Gormania cuirassée en casquée, qui rêve d'hégémonie et de carnages, après avoir tenté d'endor mÎT ies peaiples libres par ses professions de foi pacifiques, est seule responsable du crime qui ee commet contre la civil isaitâon. Et. ohoàô incroyable, ce sont ses intellectuels, autrefois épris d'un plus noble idéal,' ce sont ses étudiants, hier encore animés d'un esprit. plus généreux, qui ont sature de sentiments belliqueux l'âme crédule de la bourgeoisie et du peuple, éc qui ont fai-d'une grande nation une horde de Barbares.Et devant ce déchaînement- de sauvage: rie que nous voyons à l'Est, la Beigi,qu<t pacifique, travailleuse et sage ne peut qu-e considérer avec la. sympathie- la plus ardente le spectacle que lui donnent ses voisins du Sud. « Calme et! résolue », la France a répondu pair le plus grand sang-froid aux provocations que l'Allemagne a multipliées de puis une semaine, l'Allemagne qui depuis Je 25 juillet au matin, alors que le déia fixé par l'ultimatum autrichien n'était pa*> encore échu, ordonnait des -mesures militaires en vue de la mobilisation. Tout en prenant à son tour les précautions que lui imposent- les provocatwns al* kernandes, la France n'a cessé de faire tous ses efforts pour régler pacifiquement- . le conflit actuel. Au^si. est-il tout naturel que, confrontant l'attitude des deux grands pays qu. nous entourent, nous exprimions le senti-, ment qui nous anime aujourd'hui par ce: cri : « Vive la France! » Le surlendemain, les Allemands (nous les avions bien jugés!), au mépris des traités, au mépris des f ■ engagements les plus solennels, en-, vahissaient la Belgique. Le 20 août, 1 ils occupaient Bruxelles, et, spontanément, tous les journaux suspen-d aient leur publication. ■k * ★ Ils reparaissent enfin, -— et, avec eux, le « Petit Bleu », sous une nou velle direction et avec une rédaction d'élite, lesquelles se rattachent étroitement à celles qui lui valurent ses premiers succès. On sait quelles furent, d'année en année, les initiatives du « Petit iileu », importateur sur le continent des machines à composer et de l'illustration quotidienne; on connaît les généreuses idées, les nobles causes qu'il défendit; on n'a pas oublié les noms de ses brillants collaborateurs, ni que M. Adolphe Max — nous en ressentons plus que jamais 1 orgueil ! — y tint longtemps le sceptre de la critique théâtrale. De cet incessant labeur, il reste une trace plus durable que les éloges dûs journaux et des revues; il reste cet article du « Larousse illustré » : <ii Petit Bleu du matin (Le) », journal quotidien, fondé à Bruxelles le 1er mai 1884 par Gaston Berardi et Gérard Hat ry, alors codirecteurs de 1' « Indépendance belge » dont il fut à l'origine une sorte l'édition populaire ^ petit format,. Depuis o 1er janvier 1698, il s'est complètement jépa-ré de V «. Indépendance » et son format est devenu celui des grands journaux a six pages. Le « Petit Bleu » est le premier quotidien qui ait introduis l'illustration dans son texte courant. Il a toujours ardemment défendu les idées libérales et iémocratiques et la politique d'expansion coloniale belge. Le «Petit Bieu» qui parut, pendant quelque temps à Paris ava.t iû, pour prendra ce titre, obtenir l'assentiment du « Petit Bleu » de Bruxelles; mais il n'y avait pas d'autre, attache entre les ieux journaux. ★ * * 1 Peu de temps avant la guerre, la ■lirection du « Petit Bleu » avait fcassé en d'autres maias. Elle a été reprise par des amis de la première heure, lesquels demeureront fidèles à la pensée des hommes de haute intelligence et de grand cœur, des écrivains de marque qui fondèrent il y a vingt-quatre ans le journal ■ le-Français Gaston Berardi et l'Anglais Gérard Harry, unis — déjà! —en une « entente cordiale ». Leur programme restera le nôtre. (Cependant, en ces temps où « la démocratie coule à pleins bords », le « Petit Bleu » se doit à lui-même d'accentuer ses tendances démocratiques. En ces temps où un parti qui n'a jamais désarmé travaille avec un fanatisme nouveau à asservir les esprits, il doit à ses lecteurs de les mettre sans cesse en garde contre le péril réactionnaire. Enfin, japrès l'émouvante et glorieuse fra-iternité d'armes qui a mêlé durant quatre années Belges et Français, ses sympathies pour la France — est-iï nécessaire de le dire? — sont devenues plus vives encore, et il continuera, avec plus d'ardeur que [ jamais à servir la cause de l'extension de là culture française en Belgique.Les problèmes d'après-guerre vont nous préoccuper surtout. Le « Petit Bleu » fournira à ses lecteurs, S';r ces sujets multiples et d'une importance capitale pour l'avenir de'notre pays, la documentation la plus abondante, — tout en conservant les rubriques infiniment variées et toujours originales qui lui ont don- ! né un public si étendu. * ★ * Et maintenant, au travail! Dans les premiers jours, les difficultés -naterielles, la pénurie et L> prix élevé des matières premières de l'imprimerie nous rendront, comme j à tous nos confrères, la tâche ardue, j Qu'on veuille bien nous faire confiance!LE PETIT BLEU. A L'OFFICIEL Un arrêté-loi prie au Havre par le gouver-, nement belge: « Article 1er. — Les mesures prises par l'occupait 6*>nt tenues pour abrogées de plein droit au fur et à mesure de la libération du territoire. )> Art. 2, — Sauf dispositions contraires, les arrêtés^loie, arrêtés, règlements et en général toutes les dispositions prises par le pouvoir légal, sont obligatoires dans toute l'étendue du royaume. Les autoritiéa administrative^ et judiciaires en poursuivront l'application au fur et à mesure de la libération du territoire et «au» nouvelle publication ». LA JOURNEE Mardi 19 novembre. Soleil: lever, 7 h. B; coucher, 15 h. 53. larop (pleiofc kx&£ \m 18) : couche?, 8 h 96; levff, 'k 4t. Heure de la haute mer: A Ostende, marée du matin, 0 h. 21;; marée du goir, 12 h. 39. A Anvers, marée du^miatin, 3 h. 55; marée du goir, 16 h. 18. SterElisabeth d© Hongrie (fête p^tr&nale de la Reine des Belges) Veqs cette date: Effeuillaison du saule pleureur.NOTRE FEUILLETON Nous commençons aujourd'hui la publication de Les Sables mouvants, par Colette Y ver. C'est une des œuvres les plus émouvantes, les plus littéraires aussi, de l'œulhoress, si justement célèbre, à laquelle nous devons : Princesses de Science, Les Dames du Palais, Un Coin du Voile... Et ce roman de passion trouvera certes auprès de no» lecteur», auprès de nos leo-trie#e «urtout, l'««au«il qu'il mérite. s. Un Hommage français a la Belgique LES BELGES Lorsque l'on en parlait, on brodait sur ce thème' « Bon petit peuple, aimable, actif, cœur excellent ». Et comme avec esprit il se blaguait lui-même, On souriait en en parlant. « Il est gai, disait-on, hospitalier, honrête. Franc, artiste, sensé, généreux, amusant >♦. Et puis l'épreuve vint qui fixa l'épithèîfe: Il est magnifique à présent. Un géant qui comptait sur son humeur affable Voulut passer chez lui pour aller àM9on but, » Croyant} tout simplement rééditer h fable De Gulliver à Lilliput. x A sa grande surprise, il se vit éconduire; Mais le crime étant prêt qu'il fallait bçnrpétrer : c( Ecartez-vous, dit-iil dans uni énorn'.e rire, Nous n'avons rien à déclare" ! » Or, nullement émus par la force 1 mrdaude, Les Belges dirent}; « Soit, puisqu'un contrebandier Vient, malgré les traités, passer la .nort en fraude Nous resterons le douanier. »> Pour faire un champ d'honneur autour d'une baunière Et pour faire un héros sans longtemps s'aguerrir, II suffit qu'un octroi devienne une frontière Et que l'on soit prêt à moui r. » Vous verrez oe qu'au bras d'un combattant pygmé^ Le sentiment Devoir ajoutîe de vigueur, Vous verrez ce que peut une petite Armée Grande par le chef et le cœur » Ayant ainsi parlé, les braves Êfesns -'ranquillec. Armés de bons fusils, d'uniformes vôtus, Dépouillèrent soudain des qualités faciles Pour n'arborer que des vertus. Et l'on dut au forfait d'un agresseur infâme Ce spectacle inouï1 de l'ordre interverti : Le petit peuple étlait immense par son âme L'immense peuple était petit. Le petit reste grand en dépit de sa forme. Pour avoir refusé l'actie déshonorant, L'autre peut devenir raille fois plti^ énorme, Il ne sera jamais grand. Mais fautnil détailler le honteux i^acrilègo? Le mot est sans valeur, le commentaire est vain, Dès qu'on a prononcé ces cinq noms: Anvefe, Liège, Malines, Termonde et Louvain. Ces noms que sans frémir on ne ,>eut plus entendre, . L'Histoire a frissonné d'horreur en les traqant, Car le feuillet était tout à fait# noir de cendre Et tout éclaboussé de sang. Le peuple qui commit ces crimes, quoi qu'il tassse. Garda dans son dossier le feuilles infamant; La splendeur restera sur la pa#e d'en face. Ecrite douloureusement. Belges, petits voisins ! que voua étiez sublimes Quand après chaque effort du colosse effaré-Autour de votre Roi, surgissant des ^îmee. Vous voua reformiez en car» Quand subissant l'assaut cto la e J». du nombre. Reculant pied à pied, de siiloa l-n Vous restiez l'équipage héroïque qui /sombre Sans abaisser son pavillon ! Que vous étiez heureux quand mourant pour un rêve, N'ayant cédé le sol qu'à l'état de tombeau. Vos derniers bataillons refoulés sur la grève Tiraient encore, les pieds dans l'eau! Petit peuple martyr, pour ton apothéose, Ces ruiines serviront de glorieux chantier; Chacun apportera ,sa pierre, car ta cause Est la cause dti monde ont!} sr. . En ,échange de tant d'héroïsme et de gloire, Ta résurrection et ta prospérité C'est, payable compttant aussitôt la victoire. Là dette <k? l'humanité ! v MIGUEL ZA MAC OIS. Btranw» I II ■ I llll II III I II 111 II I i II i I I II I I !!■! iiiiTrmTTmwwnr-niTi~r»^-,"''"~Ff'-*",JT' OUF ! Le Belge sort du tombeau ! Il y a dor-aii pendant plus de quatre ans dun som-Tieil agité, d'un sommeil de cauchemars, :t ses doigts, faits pour le travail, se ;ont inutilement meurtris sur la pesante «rre qui fermait son sépulcre. « Xiatre ans ! Les enfants sont devenus les hommes, les hommes sont devenus ies vieillards : les cheveux ont blanchi, es illusions se sont envolées, les jours :>nt succédé aux jour&. sans apporter d'autre impression que' celle de vieillir inévitablement, d'user sa. vie inutile-Dent.Les outils sont demeurés dans un :oin; la maison commencée en est restée lu rez-de-chaussée : les choses se sont endormies : l'homme seul a continué à vivre pour penser, à penser pour souffrir.Et pourtant, si grande est la joie de la résurrection, qu'en quelques jours tout semble avoir été oublié : souffrances, amertume^, rancœurs, tout est entré dsans le passé : les chansons d'aujourd'hui ont tué les sanglots d'hier. Ouf! Le cœur désangoissé bat plus à son aise; le sang circule mieux dans les veines; une nouvelle vie est en nous qui, si la fraternité des hommes de même race n'est pas un vain mot, fera de notre pauvre petite Patrie meurtrie, une terre si admirablement grande que ses horizons de soleil et sa voûte d'azur s'apercevront des quatre coins du globe. Le Belge sort du tombeau ! Après la nuit pesante, le réveil merveilleux l'a trouvé toujours aussi fort : le souffle de 1a. liberté a ravivé ses instincts d'énergie, et ses yeux, dédaigneux d'hier, laissent passer aujourd'hui pour regarder demain : demain, c'est l'avenir qui continue à se réaliser, les destins qui vont s'accomplir; demain, c'est l'outil rivé ée nouveau à la main puissante de l'ouvrier, c'est la bâtisse qui continue à 9'élev»r vers le ciel écl^rci, c'est l'œu vre die chacun qui reprend pour le triomphe de l'œuvre de la Nation. La terre a bu fo sang de ses enfants : c'est de ce sang que sera humide le mortier des édifices qui vont s'élever. Ceux qui sont partis ont laissé un superbe héritage à ceux qui sont restés : la mission de faire fructifier leur sacrifice. A la tâche, ouvriers du vieux sol re--conquis : les fondations sont solides, elles ont été à l'épreuve; édifiez là-des-sus étage sur étage; et quandi le jour viendra, de pendre la crémaillère, le drapeau qui flottera sur l'édifice patrial symbolisera admirablement ce- qui en fait la beauté : le deuil des mères et le sang des fils encadreront l'or des victoires ! Ouf! Quel soupir de soulagement que celui de toute une nation ! Le ciel en est comme éclairci et, malgré l'hiver,, c'est comme un printemps qui commence. Que de joie dans l'air, que de joie dîans les yeux, que de joie dans les cœurs ! Comme ils sont déjà loin, les tracas, les soucis, les chagrins d'hier; opmme ils se sont subitement rapetissés dans les lointains de la route parcourue ! Pourtant, il ne faut pas les oublier tout à fait. Quand les premiers jours de joie seront passés, quand la première explosion de bonheur se sera calmée, il faudra organiser le pèlerinage du souvenir; il faudra que les vieillars prennent les enfants par la main et les conduisent voir les ruines... avant que les hommes reconstruisent. Paul MAX. foe Carnet d'un Passant lorlt » 1910. (1).. Ah ! oui ! mon vieux, elle nous rasait cette « Brabançonne » ! On nous la servait par trop, à la fin des banquets, à l'occasion des fêtes, des (1.) I-a ((Brabançonne» éclate triomphante en ces jours d'allégresse. Elle a eu pendant l'occupation étrangère un caractère plus émouvant t-rucjore,, qui a inspiré à Pang-îoss cet article, resté — et pour cause ! — inédit jut-tiu'i c* jour 'oires, des kermesses, des anniversaires, de toutes les manifestations de no-:re vie joyeuse. On la servait eu province jusqu'au :ond des plus sombres bourgades. On nous la jouait sur l'ocarina, sur le augle, sur l'accordéon. Les pianistes ne l'ignoraient pas, ni tes orgues de barbarie. C'était à mourir d'agacement,.. Nous ne l'entendons plus maintenant, hélas 1 qu'aux messes des morts... Et pourquoi fait-elle passer sur les foules un frisson? Pourquoi nous arra-che-t-eUe des larmes? D'où lui vient cette subite beauté de prière ef de tristesse?.. Pourquoi des femmes éclatent-elles en sanglots?... Parce qu'elle est devenue le chant d'une nation mutilée, l'hymne d'un peuple qui souffre et qui attend, parce que l'église lui a donné asile et qu'elle a; pris rang dans la liturgie. Parce que nous l'écoutons dans le recueillement du temple, dans la chaude lumière tamisée par les vitraux, dans la fumée de la myrrhe et de l'encens, devant des catafalques vides de cercueils et couverts de notre drapeau. Parce que nous l'écoutons après le « Requiem », après avoir prié pour le* repos éternel de nos frères tombés ait champ d'honneur. t Parce que notre joie est aboJie. Et parce qu'elle a un sens plus haut,' plus profond et plus noble encore : Parce qu'elle évoque en nous la vision des champs de massacre et d'horreur et de ces enfants de vingt ans qui se font tuer, là-bas, pour le plus sacré des devoirs . Parce qu'elle est la grande voix de la Patrie et que nous l'entendons mieux. Voilà ce que j'en pense, mon pauvre vieux. Nous en avons trop ri, il est juste que nous en pleurions. Ne rougis pas ! Vas-y carrément de tes larmes. Ce n'est pais ridicule Tout homme aime son pays, sa ville, sa maison, ses choses familières, ses tombes, ses souvenirs, tout ce qui fut témoin de sa jeunesse, de ses espérances, de ses rêves, de ses tristesses ! Mais voilà ! on ne s'en doute pas ! C'est très discret, très caché, très latent jusqu'au jour où le spectre sanglant de la guerre se dresse sur le monde et lui crie : « Me voici ! » PANGLOSS. ' 0pu£elle« "ppicolop® Ce-rtes, eJies sont toujours aux fenêtres' nos trois, couleurs, mais on dirait que 1 rougd et le jaune n'ont plus l'éclat de jours derniers ; .le noi/r semble l-e® domine»! les écraser et -exercer soir elles toute so a/utoritié, cette autorité qui fait que c'ef iui qui tient la hampe. Jaune et rouge ot l'air de lui dire: cProtège-nous, ne noi abandonne pas-! » Le vent boude et ne fa guère flotter nos pauvres petites couleur Ces lignes retrouvées dans notre tûroi-sont Le début d'un éeho que nouis avior commencé le 20 août 1914 ; nous nous prépt rions à le terminer, quand le garçon H bureau du « Petit Bleu », entrant en cou de 'vent, essoufflé et rageur, nous cria « Les Allemands sont là, ils passent a boulevard Botanique. * La- plume nou' tomba des mains, nous poussâmes un jti ron formidable, —■ oh ! combien excusé ci j«ur-là ! — puis un grand soupir. Le lendc main, Tes journaux ne paraissaient plus. Reprenons notre « papier » aujourd'hu et achevons-le, puisque son titre est de cir constance et que le pavoise ment est général Bruxelles-tricolore, oui ; des drapeau: belges partout, mais aussi, des français, de anglais, des italien», des américains, de serbes, voire des congolais. Les marchand ont envahi les rues; leurs charrettes eoij rangées le long des* trottoirs. Tout' le mon (J s'arrête, marchande, achète. Il en ^|kdt d mérinos, de satinette, de coton, de toil teinte provenant' des drap® de lit que l'o payait à prix d'or [naguère. Il y en a tout prix, de toute qualité, et, malgré 1 crise du papier, des tas «efc des tas de cet: matière. Les seuls accapareurs qui ne fa: sent pas un nez actuellement, ce ©ont i>£ accapareurs de drapeaux. Nos boulevard, ainsi parés, sont magnif ques ; grands, moyens, petits ou mignor étendards claquent, au vent. C'est la joi< la li'bedtoé, le bonhetrr reconquis au bout 6 plus de quatre années de souffrance, c résignation. On revit, on respire : plus de Kommai dantur, pdns de censure pour 1.» moindi affiche, plus de punitions. Fini, le contro mensuel à l'Ecole militaire; évanouis 1< mille ennuis que les « Croquemitaines d'Outmei-Rhin nous firent subir. Reprenons joyeusement la. plume et crayon. Libres, libres enfin ! L'avenir nous app. raît radieux dans un rayon de soleil. Flotte gaîment, dra.peaux et drapelets ! Vive Belgique, viv»ni- les nations 'amies ! £ Gtoi-a*, HAUZEUit. » Le Monument Ferrer Au début de l'occupation, les Allemands ont fait jeter à la voirie le monument que la libre pensée belge avait élevé, en notre ville, à Francisco Ferrer, «brutalement assassiné, suivant l'expression d'Alfred Naquet, par la conjuration des prêtres, des moines et des militaires d'Espagne ». « il faut que le rétablissement de ce monument soit porté sur la note à payer par l'Allemagne. La réparation s'impose. Nous l'attendons prompte et complète. Car Ferrer est un symbole. ' Le grand démocrate, fondateur de l'Ecole Moderne de Barcelone, de la ligue internationale pour l'éducation rationnelle de l'enfance, personnifie la lutte contre l'enseignement confessionnel, contre tous les préjugés religieux et sociaux. En créant des écoles, il croyait travailler plus utilement à la transformation de la société qu'en dressant des barricades; et sans répudier ies héros qui se font tuer sur elles, il préférait, parce qu'il la savait plus fè-•oonde, l'œuvre'qui consiste à faire des nommes, à préparer la révolutio» d*ns les cerveaux. « Il eut foi en un idéal, écrivait au lendemain de sa mort Emile Cauderlier, cet autre généreux esprit dont nous pleurons encore la brusque disparition, il s» dépensa et se dévoua pour une œuvre altruiste, et c'est là la caractéristique des nommes d'élite... Tous ceux qui ont uu idéal, qui travaillent à le réaliser, qui lui donnent leur temps et le meilleur de leur effort sont de race élue. Ferrer pensait, peinait et espérait pour édifier quelque chose de grand dans l'avenir. 11 avait des visées dépassant l'boruori étroit des jouissances matérielles qui bornent la plupart des hommes. Au cours de son œuvre, alors qu'elle s'élevait et grandissait pleiuft de promesses, les hommes des ténèbres l'ont saisi et l'ont tué... Le XXe siècle se glorifiera de mettre, à côté de îjocrate,, de tiiordaao Bruno, de Savonarole, de .vlichel Servet, le nom de Francisco Ferrer dans les fastes de l'humanité. » A. BOGHAERT-VACHE. ; ~ • Problèmes d'après-guerre QUESTIONS GENERALES « Le peuple belge, dit le manifeste du Parti ouvrier, suivant 1Jévolution de tous des pays civilisés, exige l'accession complète de ia classa des travailleurs au pouvoir publique, . notamment par réfLabli^tra-ment immédiat dn suffrage universel pur et simpie à 21 ans. Dans la Belgique de demain, la classe juvrière, enfin majeure, veut, avec l'abolition de l'article 310, la liberté syndicat* pour tous y compris le personnel des services publics. Au nom de la conscience nationale, L« Parti ouvrier réclame d'urgence ia poursuite des traîtres et des accapareurs et 1»* taxation des bénéfices de guerre. Le Conseil généçrai du Parti ouvrier belge et le Comité de la Fédération bruxelloise siègent en permanence. Ils prennent l'engagement solennel de n'avoir ni trêve ni répit avant que ne soient consacrées toutes les réparations de droit et toutes les satisfactions de bienj être ©b de sécurité qui vous sont dues. Mais pas de fausses manoeuvres ! Pas de> mouvements prématurés ! Pas de manifes- i-ations intempestives ! Attendez le mot l'ordre du Parti ouvrier. Une nation nouvelle, dans ta paix et la ibertié, réalisera demain les hautes aspd-•atiens de® travailleurs, en marche vers le triomphe de leur idéal. » LE DEVOIR DE LA NATION Le premier souci de nos législateurs, dit :ort bien le « Soir » devra être de songer t oeux qui ont: défendu et libéré la Patrie. : Avant toute autre discussion, il faut que nos Chambres assurent le sort*: r J. Des veuves et des enfants de ceux qui t sont; morts pour le pays; f & De nos glorieux mutilés et blessés de (c guerre ; ;. 3. De tous ceux qui ont concouru à la libération du territoire. LES INDEMNITES DE GUERRE Le gouvernement a publié au Havre uïi ia*rêté-Ioi réglant la question des indeny-aités de guerre. L'exposé des motifs, l'arrô-^ té-loi lui)-même et ies mesures- d'applica-:ion forment un document plutôt volumi-. tioux et sur lequel nous serons appelés à v îevenir en détail. ir Disons pour l'instant, que l'arrêta-loi m connaît le principe de l'indemnité intégrai!» pour tous les dommage© subis. En France, ia question est moins avaoa-:ée. Le projet est ballotté encore entre la Chambre des députés et. le Sénat. , LES FEMMES ONT MERITE LE DROIT z DE VOTÉ ia M. Georges Lemarchand, eti avec lui M. Virot, estimant que Jets femme», au cjo.ua* d» o«rt>e guerre, on* bien

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Cet article est une édition du titre Le petit bleu du matin appartenant à la catégorie Liberale pers, parue à Bruxelles du 1894 au 1919.

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