Le XXe siècle: journal d'union et d'action catholique

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s.n. 1918, 28 Novembre. Le XXe siècle: journal d'union et d'action catholique. Accès à 22 mars 2019, à https://hetarchief.be/fr/pid/j678s4kz1q/
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JEUDI 23 NOVEMBRE 1910 L'UNION DANS L'ACTION VINGT-QUATRIEME ANNEE ABONNEMENTS Les prix seront flxèa très prochainement «| centimes ■ ^ le numéro LE XXe SIÈCLE TAFTiF DES ÂNNQHCES Annoncescommcrc., petite ligne fr. 0.50 Réclames avant les annonces, la lignefr. 2.00 Faits divers . : ; . .5.00 et 4.00 Sports fr. 2.00 Réparations judiciaires . . .«300 Nécrologies » 3.00 Les petites annonces, paraissant simultanément dans le « XX* Siècle » et le « Journal de Bruxelles » (tarif ré-: duit) 3 petites lignes 1 franc. Instaurare omnia in Cliristo Rédaction et Administration: 4, impasse de la Fidélité, 4, Bruxelles CEUX DONT IL FAUT PARLER Histoire émouvante et dramatique des origines de Sa " LIfere Belgique „ clandestine. m i L'Impression ds « J'accuse » Je résolus, poursuit M. Van Doren, d'imprimer J'accuse moi-même, rue Van der Stichelen, puisque mon imprimeur occasionnel s'y refusait, et de faire distribuer cette publication par mes porteurs habituels. Allard accepta cette tâche avec empressement. Il lut convenu c^ue ' l'on tirerait 10,000 exemplaires de l'ouvrage. Je préparai le numéro pour la fête du Roi du 15 novembre. Pour le Nouvel An dont la date approchait, on projeta de reproduire le « Rêve de bataille » en y faisant figurer l'entrée triomphale de notre Roi. Nous n'étions pas parvenus à trouver une reproduction de cette œuvre célèbre, lorsqu'un jour je fis part incidemment de mes intentions M. Gheude, un ancien professeur, qui était un des distributeurs de notre « prohibé ».I1 me dit qu'un de ses amis possédait la gravure que nous avions vainement cherchée et que celui-ci ferait la transformation nécessaire. Le travail dut être fait en hâte et l'on n'y apporta pas tout le soin désirable. D'autres mécomptes survinrent : Diongre qui avait relusé d imprimer J'accuse, refusa, lorsquonlui remit la copie du numéro, d'imprimer la Libre Belgique- J'allai aussitôt trouver Allard qui composait J'accuse, rue Van der Stichelen, et nous décidâmes d'imprimer chez lui la Libre Belgique._ Grâce à la nouvelle machine qua je lui avais achetée pour remplacer celle qu'il in avait vendue, le tirage pouvait se faire assez vite. Nous tirions alors à 20,000. Mais le danger devenait pressant. Les Allemands venaient d'arrêter Gis-quière qui avait fait line réimpression de la Libre Belgique et l'éditeur Dewit, de la rue Royale, dont le magasin était une véritable usine à proiiibes. J allai donc chez Allard qui habitait rue des Cultivateurs et j'installai chez lui des trappes par ou l'on pouvait faire disparaître tout le tirage en cas d'alerte, ainsi que des sonneries électriques destinées à le prévenir en cas d'alarme. Toutes nos dispositions étant _ ainsi prises, nous recommençâmes à imprimer la Libre Belgique chez lui et J accuse rue Van der Stichelen. Pendant ce temps, les arrestations continuaient ainsi que les perquisitions chez les Jésuites et ailleurs. Je jugeai prudent de prendre avec ma femme des dispositions en prévision d'une d< s :ente éventuelle de la police allemande à mon domicile. Nous convîntes — car il y allait de ma vie — que si les boches se présentaient chez moi, je prendrais la fuite et je lui donnai tous les renseignements et instructions nécessaires en cas d'arrestation. La « Cravache » Nous approchions à ce moment de l'anniversaire de la fondation de notre petit journal et je desirais produire, à cette occasion, un numéro intéressant. Je cherchais un sujet de dessin et ce furent les Allemands eux-mêmes qui me le fournirent. La Wochenchau venait de paraître avec un portrait de von Bissing le représentant, assis, l'air plutôt déprimé. Je composai un croquis où on le voyait écrasé sous le monceau des formules de perquisitions qu'ilavait lancées, bien inutilement, dans 1 espoir de nous atteindre. Ce numéro eut le même succès que les autres. J y puisai un nouveau stimulant et, encouragé par le résultat, je songeai à laire un illustré. Je pris pour titre La Cravache et je me mis en devoir de reproduite les dessins de Ra-maekers qui avaient fait ici une très forte impression. Mes premiers numéros eurent beaucoup de succès. Mais les frais étaient assez lourds d'autant plus qu'il fallait, par mesure de prudence, avoir en réserve uns grande quantité de clichés de manière à assurer la publication du journal illustré pendant quelques semaines si le clicheur venait à être arrêté. Néanmoins, ja marchai de l'avant. Je tirai La Cravache à 10,000 exemplaires que je fis distribuer gratuitement. Nous étions à ce moment littéralement débordés comme service de distribution. Lévêque de Namur venait d'adresser sa retentissante protestation aux 'évêques allemands et nous en avions tiré, à la demande du P. bubar 20,000 exemplaires, représentant chacun, comme composition, la matière de. quatre Libre Belgique. Nous distribuâmes ces 20,00;) exemplaires, 20,000 Libre Belgique, 30,000 J'accuse et 10,000 Cravache. C'était trop. Nous ne pouvions songer à recommencer pareil tour de force. L'orage, d'ailleurs, commençait à gronder sur nos têtes et nous approchions de la catastrophe. De fortes émotions nous attendaient. Les ruses auxquelles on avait recours I J'avais coutume de faire mes livrai-r sons de prohibés en rue. Je donnais généralementmes rendez-vousau «Grand ® Bazar », devant l'ascenseur. Celui à qui e je devais livrer les Libre Belgique s'y 0 présentait à une heure fixe. Nous mon- ■" tions dans l'appareil en ayant l'air de ne ® pas nous connaître et nous nous asseyons II sur la banquette, le paquet entre nous. a Je Portais au premier palier, en aban-n donnant mes paquets qui étaient em-? portés à l'arrêt suivant par mon distri-a buteur. Je procédais de la même façon e dans les trams. Je m'installais sur la " plate-forme. Mon distributeur montait à l'arrêt suivant. Puis je descendais aban-s donnant le paquet à mon complice. Je e fis plusieurs livraisons dans les églises l~ et au marché de la rue de la Loi. La grosse affaire était de varier constam-^ ment les endroits de livraison. Un matin, on vint m'annoncer que deux dames voyageant entre Liège et L_ Bruxelles avaient surpris la conversa-s_ tion de deux Allemands s'entretenant 'a en français. L'un avait dit à l'autre qu'il ,r était sur la trace de la Libre Belgique, ' qu'il se faisait passer pour un marchand de journaux, qu'on lut livrait des exem-plaires dans un café de Saint-Gilles et js que ceux-ci étaient fournis par un cer-■t tain Kreud. Son compagnon lui déclara ,z qu'il recevrait 10,000 marks à titre de récompense, s'il faisait faire un pas sérieux a l'instruction. Les personnes qui 5" avaient surpris cette conversation, firent part au doyen de Bruxelles de ce qu'elles |e avaient entendu dans l'espoir que le .® renseignement pût être transmis au . directeur de la Libre Belgique. Je fus assez rapidement prévenu et j'augurai ,s que le fournisseur désigné par les alle-îs mands sous le nom deKreud devait être mon distributeur M. Gheude. Je me rendis chez celui-ci pour le prévenir et 5" il lut convenu, en même temps, que je ne paraîtrais plus chez lui, m us que je sl lui remettrais les numéros dans la rue. l~ Quand je le rencontrai dans la suite, il me déclara avoir acquis la conviction qu'il ne s'agissait pas de lui. Mais je . n'étais pas rassuré et j'ordonnai à Allard e" et à son fils d'être très prudents au moment des livraisons. la ,n L'arrestation do Chaude îe Un soir, j'avais donné rendez-vous à î_ mes hom mes au haut de la rue Lesbrous- ie sart pour assister à la livraison de la 11 ; Libre Belgique par les deux fils Allard. ai Mes porteurs étaient en retard. Pendant 1S que je causais avec Gheude à l'avenue Lou.se, j'eusje ne sais quel pressentiment et je décidai que la livraison de son paquet se ferait dans une rue s'amorçant à le la rue '^esbroussart, tandis que le paquet re destiné à la belle-sœur de (iheude serait à remis rue du Bailli. A l'arrivée de mes t. deux porteurs.j'enenvoyai un remettre le ce paquet à Gheude, et j'accompagnai ie l'autre fils Allard pour lui indiquer, rue le du Bailli, la personne à qui il devait re- ig mettre ses imprimés. Je revins ensuite é- tranquillement chez moi. le Le lendemain, à 2 heures, j'entendis r- sonner à ma porte et j'aperçus M"e Lily s, Maindiaux qui avait l'air attende. Dès us que je l'eus introduite, elle me demanda c- si je savais que Gheude avait été arrêté m la veilie. Inutile de vous dire mon émo- ■t, tion. Elle me raconta que Gheude, après is avoir pris possession de ses numéros, in avait traversé l'avenue Louise et pris la a- rue du Châtelain. Sa belle-sœur, après te avoir reçu son paquet, s'était rendue 3s place du Châtelain, pour y retrouver son s beau-frère. Arrivée à cet endroit elle is av lit vu Gheude terrasséparplusieurs xn- e> dividus. Le distributeur à qui ceiui-ci le avait donné rendez-vous se trouvait en-gagé dans la mêlée. Après avoir assommé -s deux Allemands, il était parvenu à s'en- re fuir avec son paquet. En présence de ces le faits, la distributrice était allée en courant prévenir Mm° Gheude Ceci se pas- i- sait à 6 heures du soir. M"10 Gheude, t. anxieuse, ne savait comment me préve- it nir, car elle ignorait mon adresse. Fort i. heureusement, une jeune fille de Lou vain sa si trouvait chez elle; elle habitait près 2S de la maison de MmeMaindiaux et décida la d'aller informer cette famille chez qui, i- j'avais reçu déjà une si cordiale hospitt- te lité. Cette jeune fille, M"e Belot, partit -e courageusement à pied pour Louvain, );) dam la nuit. Elle arriva chez Mm° Main- e, diaux à minuit. Le lendemain, M"e Lily e. Maindiaux arrivait à 2 heures chez moi à pour me prévenir de l'événement. Ce fut 3. un avertissement providentiel car, le soin î- même je devais me trouver au même en- le droit pour faire à Gheude, dont j'aurais pu ignorer l'arrestation, la remise de J'accuse. J'appris dans la suite que des policiers avaient dit : « Il est fâcheux que nous ayons manqué le « grand » Le grand, c était moi. Un 3 Journée d'angoisses J'en arrive à la journée du 13 avril 1916. Il y avait deux mois environ à ce moment que l'instruction de l'affaire Gheude était en cours. J'étais rentré d'une promenade avec ma femme et mes enfants et nous avions achevé de souper, lorsque, vers huit heures, l'aînée de mes filles eut son attention attirée par un bruit anormal paraissant provenir de la rue. Comme je redoutais à tout moment mon arrestation, je me précipitai à la fenêtre de la logia. J'aperçus à la porte de ma maison deux individus qui semblaient en attendre d'autres devant venir de l'avenue Milcamps. Le bruit qui avait intrigué ma fille était celui d'autos stationnant dans cette avenue. Je compris qu'on était là pour m'arréter. Je me retournai avec calme vers ma femme et je lui dis : « Les Allemands sont là. Que préfères-tu que je fasse, que je reste ou que je fuie ? » Elle • me répondit : « Pars !» Je criai à la servante de laisser sonner et de ne pas ouvrir la porte immédiatement pour me donner le temps de fuir par iejardin. A ce moment, les Allemands n'avaient pas encore pressé le bouton de la sonnerie électrique. Je me précipitai vers Iejardin, j'en ouvris la grille et refèrmai celle-ci derrière s moi, (Je n'est que plusieurs jours après t que je me rendis compte que j'avais em- - péché ainsi les allemands de se lancer à t ma poursuite. 1 A trois reprises, j'essayai de sauter , au-dessus du mur. Pendant ce temps,les l Allemands sonnaient avec rage. J'étais - à bout de forces, lorsque la Providence t me vint en aide. J'aperçus dans un coin - du jardin une charrette anglaise appar-i tenant aux enfants. Je l'approchai du 3 mur et, après avoir franchi celui-ci, je - tombai dans un.terrain vague donnant i sur l'avenue Plasky. Ce terrain était t bordé d'une palissade.J'allais la franchir 3 également, lorsque j'aperçus un pjlucier 3 allemand se promenant avec un ïîlieti". 1 La retraite m'était coupée. Je me biot-s tis dans un trou, mais je ne tardai pas i à me convaincre que les Allemands ne - me trouvant pas chez moi, n'hésiterai n 3 pas à explorer le voisinage, il fallait 3 donc à tout prix partir. A tout hasard, t je sautai au-dessus de la palissade. Je 3 poussai un soupir de soulagement en 8 constatant que j'étais seul. Le Boche ■ avait disparu. (A suivre.) p. Delandsheere. e — -i ÎJ« l'J. Ea l'IioanîBr da cardinal Mercier Nous apprenons que, sur les instances de ; Son Eminence le Cardinal, la manifestation projetée en son honneur pour lo dimanche Ier décembre, n'aura pas lieu. Le règne ds Sa politique L'Etoile Belge, du 26, considère sans enthousiasme mais avec réalisme, la reprise de l'activité politique dans notre pays. Elle consacre à ce sujet, les lignes suivantes : Le gouvernement actuel est un gouvernement d'union patriotique, dans lequel il semble que les partis sont également représentés. Nous estimons qu'il convient de lui faire crédit puisque n'étant le gouvernement de personne, il peut être considéré, jusqu'à preuve du contraire, comme le gouvernement de tous. Mais puisqu'il lui a paru nécessaire de regarder au-delà, de l'œuvre de réparation qui s'impose à lui, et d'ébaucher un large plan de réiormes politiques, économiques et sociales, il no s'étonnera pas d'apprendre que ces réformes sont discutées, qu'elles soulèvent dans certains milieux des objections sérieuses et qu'elles ne paraissent pas devoir rencontrer toutes un consentement universel.S'il en e3t ainsi, le parti le plus franc et le plus honnête est d'exprimer nettement sa pensée. C'est ce que nous nous proposons de faire prochainement. Nous le ferons dans un esprit détaché de toute politicaillerie et sans perdre do vue les difficultés du moment. Mais qu'on ne l'oublie pas : il est des circonstances où le devoir du citoyen est de dire ee qu'il pense et tout ce qu'il pense, et les baisers Lamourette n'ont jamais rien produit do bbn. » D y a du bon dans ce discours. Mais il convient, pour dire tout ce que nous pensons, d'attendre 1e moment où nous pourrons lo faire sans introduire du désordre ou de la confusion dans l'oeuvre de reconstitution nationale. Les polémiques ne sont pas mortes, c'est bien sûr, et les rêveurs qui les croiraient détruites no duperont qu'eux-mêmes. Seulement, ne perdons pas de vue que la restauration nationale, affaire de salut commun, devra se fonder sur quelques grandes lignes, bien robustes, bien rigides. C'est l'accord et la collaboration qui, seuls, nous permettront de les établir. Des polémiques mesurées et guidées par l'esprit de conciliation et de concorde ne peuvent que concourir à un résultat utile. Mais si, sous prétexte de polémique, chacun des citoyens ou chacun des organes de l'opinion publique entend dire ce qu'il pense et tout ce qu'il pense, en ne tenant point compte do ce que pensent les autres, nous retournerons du premier coup à la concurrence politique passée, à son esprit, à son inspiration, voire à sas mélhDdes. Une telle polémique manquerait tout à fait d'opportunité et nuirait au pays. Nos fonctionnaires en Allsmagne Juste retour dos choses... On nous assure que le grand quartier général a sollicité le concours de fonctionnaires belges pour coopérer, avec les autorités militaires, à l'administration des territoires que la 4° et la 5e divisions d'armée vont occuper sur le Rhin. Juste retour des choses d'ici-bas ! L'Allemagne nous a fait sentir, pendant quatre années do dure occupation, le poids de sa lourde botte. Elle nous a laissé des traditions. Los innombrables ordonnances et arrêtés de son gouvernement général et de son commissaire des banques constituent, à cet égard, une abondante documentation. Si nos ' fonctionnaires se rendent en Allemagne, il ! leur suffira d'appliquer aux populations les méthodes dont nous avons été pendant si longtemps victimes. Ce sera le moment ou > jamais de constituer là-bas, mais au profit dos Alliés cette fois, des « Zentralo » d'acca-; parement. i On assure que M. Camille Jacquart, un ; des plus distingués fonctionnaires'du dépar-i tement de l'Intérieur, aurait été appelé à [ assumer la direction d'un des services belges . dans la province rhénane. te 3 E Lmie Mil Cosmopolite» ■is o re Dansle désarroi des derniers jours de l'oc-n- cupation, alors que Blancs et Rouges à avaient transformé la place Rogier en un véritable champ do bataille, nous n'avons er pu noter les événements dramatiques qui se sont déroulés autour do la gare du Nord. Il ■ y en eut de saisissants, comme l'envahisse lls ment et la mise à sac de i'Hôtel Cosmopo-9e lite, dont nous allons dire quelques mots. ln Cela commence le lundi 11 novembre, par ir" une fusillade qui provoque une panique dans l.u le public affolé ot nettoie rapidement la je place Rogier. Vers midi et quart, une bande nt, do soldats, revolver et coutelas en main, fait lit irruption dans le café. Fuite éperdue. Les lir brutes poursuivent les clients du eafé, les er ramènent mains levées, les bousculent, les .jj- frappent, poussent de véritables vociférations. Ils prétendent que, des étages, on a 3t> tiré sur eux. On visite les vêtements, on 'as fouille les portefeuilles. Le directeur, M. De-ne bodt, est traîné d'un étage à l'autre, où l'on n espère découvrir dos francs-tireurs. Mais on ait ne trouve rien et on le rappelle bientôt pour •d, ouvrir le coffre-fort, dont lo contenu inté-jé resse surtout les émoutiers. Mais M110 Olga jrlir.den s'interpose, fait appel à des offl-jjg ciers qui parviennent à apaiser les brutes. A 4 heures du soir alors que le calme paraît rétabli, la fusillade reprend de plus lE- belle. Les vitres volent en éclats, les balles pénètrent dans les chambres, trouent les plafonds, brisent les glaces des lavabos, er Doux cent cinquante sauvages se précipitent en trombe dans l'établissement. Ceux qui i n'ont pu se ruer par les fenêtres à guillo- ■ tine du café, défoncent la grande porte de ,u l'hôtel. Le café, la salle de billards, le restaurant les cuisiues, les étages sont envahis. Et toujours la même excuse: des civils gnt tiré ! j»a Dans la cuisine, c'est la curée : jambons, lard, beurre, volailles, légumes, tout le garde-manger a été emporté. On remonte en- des caves du vjn et dos liqueurs. •ise Aux étages on défonce les portes, on force îlle les armoires et les tiroirs, on éventre les îs : valises, les malles des voyageurs qui ont été lion préalablement expulsés. M. Georges Navir, 50nt patron du Cosmopolite, le directeur, le por-;ent sonnel tiennent courageusement tête à ; da l'orage. Vingt fois ils risquent la mort. Le i du désordre, l'affolement, la terreur, régnent uis. partout. A 8 heures, la Kommandantur fait de savoir qu'elle ne répond plus do l'ordre et ne :her garantit plus la vie des civils. Tout le monde s et doit se retirer. M. Georges Navir lui-même ; ré. doit s'exécuter. ains Le lendemain mardi on fait un rapide sent inventaire des dégâts et des vols. La cave à uni- liqueurs a été découverte, visitée et pillée. Au rez-de-chaussée tous les meubles, caisses, ion- armoires, bureaux ont été brisés et mis à que sac ; leur contenu git pêle-mêle sur lo par-s le quet au milieu do bouteilles vides, de verres ie et cassés, d'assiettes, d'argenteries. Do vaines Jais démarches sont faites auprès du Conseil des ii le soldats pour obtenir que l'établissement t ce soit remis à son propriétaire. Et la bom-rien bance continue. Lo mercredi les fouilles se poursuivent, s il mais la journée se passe dans un calme re-en- latif. A 4 heures on annonce l'arrivée d'un ur- contingent de Bavarois. On se prend à espé-ou rer que les scènes écœurantes des derniers itu- jours vont prendre fin. Ces nobles guerriers débarquent le même soir au nombre do 500, 'est Et, comme ils sont aussi voleurs et pillards dé- que les autres, ils complètout et achèvent île- l'œuvre de dévastation si bien entreprise, au- Les liqueurs les plus fines, les meilleurs un, châteaux, les champagnes les plus renom-ics, més sont mis à contribution par ces goujats. I et Dans les sous-sols des soldats gisent ivros-îet- morts, à côté de leurs mitrailleuses. Et >su- partout sur le sol, des bouteilles vides ot i et des flacons, au milieu des flots de vin. un Dans le magasin à conserves, quinze millo œufs, mille boîtes de conserves, le ha. café,- le sucre, les haricots, les pâtes alimente taires, l'huile d'olive, tout a disparu, 0 r,se Kultur ! int II a fallu fermer lo café et le restaurant jus pendant plusieurs jours pour remettre un ur- peu d'ordre dans ce chaos. L'établissement ion n'a pu faire sa réouverture que dimanche iilo dernier. Quant à l'hôtel dont on a volé toute ©r- la lingerie il sera prêt sous pou à recevoir en uartîo les vovageurs. > ÏCe pe disent nos soldats LE ROI AU FRONT Entretien avec un officier belge, un de ceux qui s'en moquent, de la politique 1 Nous lui montrons un articulet paru il y a quelques jours dans un journal socialiste. On raconte là dedans que si l'on parle aux ' soldats de la présence occasionnelle du Roi dans les tranchées du front, les soldats sourient... A son tour l'officier sourit. 0 — Que voulez-vous, dit-il. H y en a que 1 ça embête, à cause des principes. Mais c'est " pourtant comme ça ! J'étais à la bataille de Kippe. Nous venions de reprendre aux a boches le » grand-père ». Le •• grand-père » 1 est un des deux fortins — l'autre est lo s « petit-flls » — construits par les boches et I sur lesquels s'appuyait leur système de dê-® fense dans cette région. Ces fortins sont des ;i massifs de béton, bien en vuo. Tandis que ■j nous attaquions lo « petit-fils » j'ai vu — vu de mes yeux et sans sourire — le Roi, per-" ché sur le « grand-père », suivant la manœuvre à la jumelle. Sa haute silhouette se a détachait sur le ciel... — Et... c'était dangereux, dans ce à moment-là, d'être sur le « Grand-Père » ? s — Un peu, Monsieur ! Les Allemands lui tapaient dessus avec du 21... ! Et puis, vous savez, ce n'est pas une fois que j'ai vu le Roi au front. Souvent je l'ai vu dans les boyaux. — Et disait-on que «sa place n'était pas I) là»? — Dame 1 On se rendait compte de la consternation qui se serait abattue sur l'armée et sur le pays s'il s'était fait tuer. — Evidemment; mais croyez-vous que ce > soit une raison pour crier : — Vivo la Ré-:s publique? n — J'espère, dit c© soldat, que ceux qui 'S veulent crier : Vive la République ! cher->o cberont d'autres arguments que ça ! II — v-Ov- ^ Le gouvernement allemand qu capitule lv — 0®-<£ po Co sont los Cansalls das 0. et S. qui SQ exercent tost pouvoir t Une dépêche officielle de Berlin, datée du 22 novembre, nous apprend que le Comité „„ exécutif du Conseil des ouvriers et soldats . s'est mis d'accord avec le gouvernement sur j,'a les points suivants : ^ 1° Le pouvoir politique est confié aux Conseils des ouvriers et soldats de la république socialiste allemande. La mission de ce pouvoir sera de consolider les résultats de la Révolution et de prévenir toute contre- révolution ; an 2° Jusqu'au jour où l'assemblée des délé- av gués des Conseils des ouvriers et soJ dats aura °? désigné le Comité exécutif de la République av allemande, le Comité berlinois désigné par vo los Conseils des ouvriers et soldats du Grand-Berlin en exercra les fonctions; 3° Jusqu'à règlement définitif do la situa- pi, tion en Prusse, la nomination et la démission k i des membres du cabinet allemand et du 'ei cabinet prussien sont réservés au Comité £ central exécutif, qui exercera en outre sur eux un droit de surveillance. re: 4" Lo cabinet devra tenir compte dans la »» désignation des ministres à portefeuille des ™ droits du comité exécutif. _ Il sera procédé autoitôt que possible à la réunion des délégués des conseils des 0. et S. On^e dit pas endêans quel délai elle aura lieu. En suite de cet accord qui règle pour l'avenir les rapports du gouvernement avec les conseils des 0. et S., on fixera sous pou 16 les principes directeurs de l'activité des cou- n seils des 0. et S. La Gazette générale de l'Allemagne du tc Nord, en commentant ces arrangements, r; résume ainsi les sentiments qui se font jour g! au soin des cercles dirigeants de la politique b, allemande ; ]c Le Gouvernement adhère sans réserve à le ce principe que la convocation d'une assem- l£ blée constituante est la condition sine quà L non du rétablissement rapide de la paix. Il fi règno encore quelque dissentiment au sujet d do la date à laquelle cette convocation devra g: se faire, mais cette question so résoudra n exclusivement sous l'empire do considéra- n tions pratiques, les raisons politiques devant ! être écartées. 1 j Il est à espérer que le Comité central des s; Conseils des Ouvriers et Soldats, qui va se _ réunir à Berlin, se placera au même point ^ de vue. p Les Etats fédéraux, dont les représentants p vont so réunir à Berlin, insistent vivement d pour la réunion d'uno constituante. A ce y point de vue, toute la question se ramène à d la nécessité do maintenir en toutes circons- s: tances l'unité de l'Etat. p Aboutira-t-on à une organisation fédérale o de tous les éléments de l'Etat allemand, a voilà une question qui n'est pas résolue. On b peut croire que ce sont surtout les Etats ti fédéraux du sud qui n'entendent pas rester b sous la coupe de Berlin. Donc, le Gouverne- p mont tiendra pour la convocation d'une constituante, et il ne se laissera détourner, par l'effet de n'importe quel moyen, de son pro- e, jet d'assurer à l'Etat une organisation défi- t, nitive. J De son côte, le Lokal Anzeiger annonce que lbs conseils des O. et S. qui, dans toute l'Allemagne dépendent encore dans une cer- d taine mesure du Conseil de Berlin, vont se E réunir en décembre pour désigner les mem- s bres d'un Conseil central qui, à son tour, désignera les membres d'un comité exécutif dont l'autorité s'étendra à tout le territoire. De l'ensemble de ces informations se dé- s gage très nettement lo fait que le Gouverne- a ment allemand, ou co qui s'appelait do ce ï nom, est désormais l'humble valet dos Con- d seils des Ouvriers et Soldats. A eux tout le Ç pouvoir. 1 Fastes de l'armée belge La bataille de Merckom et la batailla des Flandres Nous donnons ci-dessous les communiqués publiés par lo grand état-major belga au sujet des combats du 17 avril 1918 (bataille do Merckem) et do l'offensive finale commencée le 28 septembre 1918 (batailla des Flandres). 1 I. Bataille de Merckem, 17 avril 1918. La bataille de Merckem marque la coopération de l'armée belge dans l'arrêt de la ruée germanique vers Paris et la mer lors de la grande offensive du printemps 1918. Elle est une des phases de la bataille de la Lys, commencée le 9 avril et qui avait nettement pour but, pour les Allemands, l'enfoncement du saillant d'Ypres, la prise à revers dq l'armée anglaise des Flandres par la percée sur Poperinghe, l'arrachement de l'armée belge des lignes de l'Yser et l'ouverture de la voie vers Dunkerque. Si l'armée belge avait cédé.lasituation eût été critique. L'attaque avait été menée avec une masse de choc comprenant trois divisions allemandes en première ligne, trois autres en deuxième ligne, uue septième prête à marcher à une demi-étape en arrière. Après une préparation d'artillerie courte, pour permettre la surprise, mais violente, les divisions allemandes de première ligne s'élancèrent à l'attaque des deux divisions d'armée belges tenant le front entre le lao Blankaart (Merckèm) et le chemin de fer d'Ypres à Thourout (Nord-Est d'Ypres). Elles refoulèrent nos avant-postes mais furent arrêtées net devant notre ligne principale de résistance; puis nos troupes passant à la contre-attaque, se jetèrent sur les Allemands. Après douze heures d'un combat mené du côté des Belges, par les seules troupes qui occupaient les lignes et, sans qu'il fallut faire appel aux réserves prêtes, l'ennemi fut refoulé et tous les postes qu'il avait occupés reconquis. Il se relira dans ses positions ayant perdu plus de 3000 hommes et laissé entre nos mains plus de 800 prisonniers dont 20 officiers et près de 100 mitrailleuses.Les Allemands avaient été arrêtés par les 3° et 4e divisions d'armée belges dont la vaillance était glorifiée par l'ordre du jour à l'armée daté du 23 avril, unissant au succès de nos armes les vaillantes populations de la Belgique occupée. Voici cet ordre du jour c Soldats, En octobre 1914, le Roi vous a dit : c II vous appartient, par la ténacité et la bravoure dont vous ave? donne tant de preuves, de soutenir la réputation de nos armes. Notre houneur national y est engagé. » Vous avez répondu à l'appel do v tro Roi par une défense opiniâtre et victorieuse des positions désormais historiques de rVsor. Le nom « Belge » s'y est glorifié. Voua avez conservé intactes toutes ces positions où lo Roi vous a placés, de la mer jusqu'au nord d'Ypres. Malgré les récentes tentatives du troupes d'élite de l'ennemi, vous avez tenu devant Nieuport, Reigersvliet, Dixmuda et Merckom. Depuis un mois l'ennemi a entrepris la plus grande de ses offensives : sur la Somme et la Lys il a lancé d'incessantes attaques. L'ennemi vient de heurter de front nos 3e et 4° divisions d'armée; arrêté par la ténacité de la Division de Namur, il dût reculer sous la poussée victoriouse des valeureuses troupes de Liège, Soldats, le Roi compte sur vous : Vous vous montrerez dignes de vos frères dont ia résistance indomptable au dur joug de l'envahiss ut' i lit l'admiration du monda entier; l'Yser doit rester l obstacle infranchissable contra lequel viendront se briser les assauts de nos ennemis.Grand Quartier Général, le 23 avril 1918. Au nom du Roi : Le Chef d'Etat-Major Général, GiLLAIN. » Les 98, 11®, 12e et 14e régiments de ligne, le lfer chasseurs à pied de la 3° division d'armée, et les 13e et 193 de ligne, de la 46 division d'armée, qui arrêtèrent puis refoulèrent l'ennemi dans cette bataille mémorable, portent sur leurs drapeaux l'inscription qui! rappelle leurs exploits : « Morckem ». Les 3°, 9° et 15e régiments d'artillerie et la lra batterie du lor groupe du 28 régiment d'artillerie" lourde portent la même inscription suc leurs boucliers de pièces pour commémorer leur belle conduite au cours du 17 avril 1918. La croix de chevalier de l'Ordre de Léopold fut conférée aux drapeaux du 9° de ligne et du régiment de chasseurs à pied, en témoignage de l'héroïsme des soldats de ces deux régiments. II. La bataille de la crête des Flandres. A partir de la bataille de Merckem du 17 avril 1918 ce furent des combats inces- ' sants dans le « No man's land » chaotique ! qui nous séparait des Boches. Ces combats ' avaient pour but la conquête dos points ira-portants du terrain tenus par l'ennemi. Ces > points allaient jalonner une nouvelle ligne - d'où l'armée belge s'élancerait quand arri-! verait le jour de la grande offensive atten- ■ due. Dès le 18 juillet s'ouvrit, sous l'impulsion vigoureuse et clairvoyante du maréchal Foch, généralissime des armées alliées, les j opérations d'uno stratégie offensive qui allait | amener la défaite de l'Allemagne. L'armée1 belge, qui brûlait du désir de passer à son i tour à l'attaque, reçut du Roi, le 27 seplem-• bre, l'appel qu'elle attendait avec tant d'im- ■ patience ; j Soldats, % Vous allez livrer un puissant assaut aux positions ennemies. Aux côtés de vos héroïques camarades britanniques, il vous appartient de refouler l'envahisseur, qui opprime vos frèies depuis plus de quatre ans, 1 L'heure est décisive. Partout l'Allemand recule. Soldats, J ' Montrez-vous dignes de la cause sacrée de notre in-' dépendance, dignes de nos traditions et de notre race, i En avant pour le Droit, pour la Liberté, pour la Bel-. gique glorieuso et immortelle. Albert. f Le 28 septembre, do Dixmude à la Ly?J 1 l'armée belge et la IIe armée britannique, ai \ ■ sa droite-, partirent à l'assaut des posilioni j - allemandes formidablement organisées de- > puis plus de quatre ans. Trois divi-: as ' - d'infanterie et un corps de cavalerie fran« 3 çais se trouvaient en soutien, prêtsàprondre leur part dans la lutte. On n'eut pas à y

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Cet article est une édition du titre Le XXe siècle: journal d'union et d'action catholique appartenant à la catégorie Katholieke pers, parue à Bruxelles du 1895 au 1940.

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