L'indépendance belge

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s.n. 1916, 11 Novembre. L'indépendance belge. Accès à 19 juillet 2019, à https://hetarchief.be/fr/pid/3f4kk9580z/
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§7èuie année. No 268 L'INDÉPENDANCE ROYAUME-UN!: ONE PENNY M171 tf*9!? IL!! £jB^LA%3f JCfi® CONTINENT: 15 CENTIMES (HOLLANDE; 6 CENTS) I ADMINISTRATION ET REDACTION : BUREAU_A PARTSS : mmob house. tudob st., london, e.o. 11 placl 14 boukbe. TELEPHONE: CITY 3960. TELEPH'.: { 238-75. Ë SAMEDI 11 NOVEMBRE 1916. En vente à Londres à 3 h. le vendredi 10 nov. 3 MOIS, 9 SHILLINGS.) ABONNEMENTS : 6 MOIS, 17 SHILLINGS.{• CONSERVATION PAR LE PROGRES, 1 AN, 32 SHILLINGS, j LA SITUATION. \ ENDREDI, midi. Les Allemands en sont arrivés à un :1 épuisement de leurs ressources hu-naines qu'ils sont obligés d'avoir reours aux moyens extrêmes, aux pro-jcdés les plus infâmes. Après l'enrôlement de force des Polonais, auxquels ils octroient une indépendance que la grande majorité du peuple polonais répudie, les voici qui procèdent à la déportation en masse de nos malheureux compatriotes restés au pavs et qui, par patriotisme, refusent de travailler au profit de l'Allemand usurpateur et parjure ! Cette mesure, dictée par la nécessité ■de remplacer par la main-d'œuvre belge les ouvriers qu'il va falloir retirer des usines et ateliers allemands pour remplir les cadres de l'armée, est au plus haut degré inhumaine et d'une flagran-; le illégalité. Elle rappelle les procédés des marchands d'esclaves et devrait soulever d'indignation le monde entier, s'il existait encore, dans la société des nations, cette solidarité morale que tant de congrès, tant de discours, tant de phrases creuses ont représentée jadis comme 3a plus pure gloire de notre civilisation. Mais le Teuton peut commettre tous {es crimes, toutes les lâchetés, toutes les Infamies, aucun chef d'Etat, aucun gouvernement n'a jusqu'ici osé se lever pour protester publiquement contre ce retour au barbarisme et .relever le défi jeté à ia face du monde civilisé. Ainsi la pauvre Belgique est condamnée à vider jusqu'à la lie le calice amer que lui tend la Destinée. La nation-mar-tvre n'avait pas assez souffert de vpir son sol envahi, ses villes incendiées, ses enfants assassinés, ses femmes égorgées, sa fortune publique confisquée, il iui faut encore subir la toiture d'assis-j 1er, impuissant^, à la déportation de sa population mâle, restee loyale et pa-| fiote ma'igî-'ê deux années d'oppression*; de vexations, d'humiliations et de primions ! Maintenant la mesure est pleine et nous n'avons d'autre ressource que d'en appeler de ce dernier forfait au tribunal l d'honneur de toutes les nations, de toutes I ks consciences honnêtes, afin qu'elles mettent fin à la liste trop longue des ' crimes teutons par une intervention unanime, une solennelle condamnation de ce îetour à la barbarie. Le cause de la Belgique est celle de ! toutes les nations honnêtes et celles qui ne la défendent pas au moment où l'Allemand essaye de l'étrangler, se solidarisent avec lui et avec ses crimes. Xotre gouvernement a lancé un appel aux gouvernements neutres mais la voix de la Belgique est faible et il faut que d'autres, plus puissantes, l'appuient afin qu'elle soit entendue. En attendant, la population de la Belgique occupée est dans l'angoisse. Beau-| coup d'hommes essayent de s'enfuir, et on signale des bagarres sanglantes dans plusieurs endroits, à Mons notamment, où nos infortunés compatriotes se défendirent à coups de couteau. Dans une lettre pastorale, le cardinal Mercier, le seul homme en Belgique qui, <lans sa qualité de prince de l'Eglise, jouit d'une certaine liberté de parole et d'action, supplie le peuple belge de prendre patience, de rester ferme, uni et confiant, et de prier pour la libération de l'Arménie, de la Pologne et de la Belgique ! Mais Dieu .luinmeme reste sourd et il met à une dure épreuve la foi des croyants qui depuis deux ans l'implorent en vain. l,ctle guerre, nous ne la gagnerons que par nos propres forces et comme nous ne voulons que d'une paix basée sur la victoire, d'une paix, comme l'a dit hier M. Asquïth au banquet du Guild-hall, "qui puisse servir de fondation stable et sûre à la sécurité des faibles, aux libertés de l'Europe et à l'avenir libre du monde," nous devons nous préparer à ce-que la guerre "taxe toutes nos ressources, toute notre patience et toute notre résolution." Mais le lourd tribut qu'on nous demande, nous le payons, comme l'a dit M. Cambon, l'ambassadeur de France, "avec la fierté d'un grand devoir accompli, et d'un grand sacrifice fait pour la patrie." Or, la satisfaction du devoir accompli aide à supporter les épreuves les plus lourdes. C'est elle qui soutient les Belges qui auraient tant de motifs pouf se décourager ; c'est elle qui soutient si admirablement le moral de la France dont la merveilleuse vitalité \ ient encore de se manifester de si éclatante façon par la souscription au nouvel emprunt (plus de onze milliards) ; c'est la conscience du devoir accompli et à accomplir qui stimule le courage et la volonté de tous les Alliés; de la Russie qui, selon les déclarations du général Brussiloff (au Times "), n'atteindra son maximum de puissance militaire qu'au printemps prochain; do l'Italie, qui est aux portes de Trieste et do Trente; de la Serbie, qui montre le plus bel exemple de courage qu'une nation ait offert; de la Grande-Bretagne, qui verse sans compter son or et son sang ; de la Roumanie, enfin, qui lutte avec une bravoure magnifique contre un adversaire sans merci qui voulait l'écraser et qui, aujourd'hui, est obligé de battre en retraite. Certes, les petites nations souffrent, plus que les autres, dans ce conflit de géants, niais elles doivent se rappeler que les épreuves du moment ne sont que passagères et qu'à l'heure du règlement il leur sera tenu compte de tous les sacrifices endurés. Nous, les Alliés, ne sommes d'ailleurs pas les seuls à souffrir. Nos ennemis, responsables de la guerre, payent un tribut plus lourd que nous, et cela sans la perspective d'une récompense, d'une reconnaissance future. D'après les dernières statistiques les pertes prussiennes seules (669 listes), se chiffrent au total de 3,358,598 tués, blessés et disparus, et on estime à un million en chiffres ronds le total des Allemands tués à ce jour! Les nouvelles des différents théâtres de la guerre sont maigres. Au nord de la Somme, secteur de Sailly-Saillisel, on signale une attaque allemande repoussée ; et à l'est d'Armentières une décharge de gaz britannique. Sur le Carso, où des pluies diluviennes paralysent toute avance, les Italiens ont découvert une nouvelle batterie de 150mm. abandonnée par l'ennemi, ce qui porte à 20 le nombre des canons capturés. La menace italienne dans la direction de Trieste devient si sérieuse qu'on dit l'Autriche sur le point d'évacuer Pola. La retraite germano-bulgare en Do-broudja continue et les Roumains ont repris la ville de LIarsova, que l'ennemi a brûlée avant de l'évacuer. Dans la vallée de l'Aluta (passe de la Tour Rouge), les Allemands disent avoir progressé et occupé des positions au nord de Rymnik, soit à 26 kilomètres de la frontière. n Jim iuwlwmx «waiwi nnm—waw ■ imw iiwmuujuuijuftm.i1 LA BELGIQUE ET LES JURISTES ALLEMANDS. Ce n'est point seulement les armes à ta main que l'on peut servir son pays. Outre ses armées formidables, l'Allemagne a levé contre nous des légions '1 universitaires, dont la mission a été de justifier par le droit ce que le chancelier lui-même, au début de cette guerre, avait cru devoir condamner au nom du droit. Tout, ce dont la science germanique pouvait disposer en fait, a imagination, d'ingéniosité, de dialec-llque, ces savants l'ont mis à profit pour justifier l'Allemagne, non seulement aux yeux du peuple allemand—tâche trop lacile—mais surtout aux yeux des neu-ties tant est encore redoutée la puis-f-auce de l'opinion publique! A cet ' '®t, ces fanatiques de la patrie ont tour i (o,!r' au nom de la science allemande, lillc® des calomnies, fabriqué des sojohis-défiguré systèmes et principes, et cxffitrefait 1& vérité. A force de les ré péter, ils ont donné de la vraisemblance à leurs mensonges; à force d'obscurcir et les faits et le droit, ils ont fait douter le monde et de leur mauvaise foi et de la sincérité de leurs adversaires. Il fallait relever une telle imposture scientifique; il fallait dénoncer et réfuter ces savants aux noms retentissants qui se sont pr8|titués à la cause honteuse de leur gouvernement; mais il fallait le faire sans colère, sans diatribes, avec la sérénité et l'impartialité scientifiques qui ont fait si complètement défaut à nos accusateurs. Il fallait lo faire en juriste. Et c'est bien dans cet esprit que notre savant professeur à la faculté de droit de l'Université do Gâncl, M. Charles De Visscher, a entreprise dans un excellent petit volume, l'œuvre de réhabilitation de la vérité et du droit. Sous le titre: "La Belgique et les Juristes Afleiuamds." M. Charles D» » Visclier, après avoir patiemment disséqué les productions récentes d'une trentaine) de coryphées de la science juridique officieuse germanique, nous en présente en pleine lumière les parties vicieuses et corrompues. Il possède, dans sou laboratoire de juriste,des réactifs efficaces, qui décèlent, sans laisser de doute, les préfiaisses tendancieuses, les conclusions erronées, les sophismes, les principes équivoques, les raisonnements fallacieux, les systèmes tronqués. Et tout cela disparaît, se dissipe, s'évanouit à son .souffle purificateur. Il s'exprime dans un style d'une clarté incomparable, simple, mais toujours élégant; et c'est un plaisir que tout intellectuel et tout patriote goûtera, que de l'accompagner à travers les 130 page3 de son livre, dans sa poursuite do la vérité et du droit, que la science allemande a su hérisser de tant d'obstacles. Nous n'entrons point dans la matière même du livre. Chacun doit le lire. C'est un ouvrage d'intérêt général et national. De la variété effarante de leurs assertions, de l'inanité de leurs arguments et constructions juridiques et de leur maladroite brutalité teutonne, M. De Visclier ne peut s'empêcher de conclure que l'Allemagne a été mal servie par ceux auxquels elle a confié sa cause. Cela est bien vrai ; mais c'est avec plaisir quo do notre côté nous remarquons quo la Belgique a été bien servie par ceux qui ont adopté la sienne. Outre leurs talents et leur sincérité, nos champions ont d'ailleurs l'avantage que procure une bonne cause. G. 11. EXCURSION DANS L'ARMEE BRITANNIQUE. L'immense zone. Quel est celui d'entre vous qui ne s'est forge en rêve 3e spectacle que peut présenter cette bande de territoire qui s'al-'longe de Belfort à Dunkerque, que piétinent à l'heure actuelle hommes et chevaux de toutes lies nations, que sillonnent en tous sens les lourds canons, les multiples caissons, les pesantes voitures de ravitaillement, camions de toutes formes et de toutes provenances? Et dans cette zone n'en est-il pas une particulièrement attirante? celle où s'est établie, étalée progressivement depuis deux ans, "la méprisable petite armée," devenue peu à peu la plus gigantesque force armée qu'on puisse concevoir. Les Boches, qui aiment le "Kolossal," sont servis à souhait. Si l'on est habitué à vivre près de l'armée française, ce qui frappe tout d'abord dans îles lignes de l'armée alliée, c'est le silence. Tout le morde se tait. Dans les cantonnements, dans les bivouacs, la colonne sur les routes, dans les batteries en pleine activité, lr<flrs les "tranchée s il boyaux, parmi les troupes britanniques, tout ,se résume et agit, au geste ou à voix basse, par échange de monosyllabes brefs rapides... N'est-ce par déjà l'indice d'un organisme dont rous 3e.s rouages parfaitement agencés ayant leur rôle et leus zone bien délimités sont sûrs d'eux-mêmes, sûns 2es uns des autres, coordonnés par une impulsion raisonnée et méthodique? La nation armée. Cette armée improvisée a résolu dès sa naissance toutes les questions demeurées ailleurs si longtemps indécises ou à l'étude ; telles sont celles relatives à l'armement, à l'équipement, à l'outillage, à la liaison. La puissante organisation industrielle de l'Angleterre, grâce à des énormes moyens de production manufacturière, a pu trouver les meilleures solution ; elle a atteint le summum de ce que l'activité humaine pouvait réaliser. Le génie créateur de la nation anglaise s'est concrétisé dans un ensemble dont tous les détails ont été établis dans un sens rationnel et pratique. Sur les routes les longues files de lourds camions automobiles roulent sans bruit, à une vitesse uniforme, sans à-coup, mûs par une volonté invisible qui les guide à travers les carrefours et les localités ; à tous les croisements de routes ou de rues, l'ordre ne cesse de régner; sur un geste du "military policeman," chaque voiture avance, s'arrête, tourne à droite ou à gauche, sans cris, sans embarras. On est émerveillé de retrouver au milieu de ce brouhaha guerrier, les habitudes de discipline et de méthode dont la nation anglaise donne l'exemple dans ses cités les plus populeuses; c'est bien là la véritable nation armée, adaptant à ses manifestations belliqueuses, le tempérament, les mœurs et les besoins journaliers qui animent sa vie collective de travail et d'affaires. C'est dans- les rues des villages une multitude de -soldats vêtus en kaki, tous semblables et cependant très différenciés par certaines particularités, certains insignes ou attributs. Les Ecqssais avec leurs "kilts" et leurs genoux nus jettent dans cette masse une note gaie ; dès que le jour baisse leur silhouette apparaît vaguement comme celle d'une de nos élégantes du boulevard dont la jupe aurait été un peu trop raccourcie, mais à leur allure grave, à leur carrure massive, on sent un combattant puissant, tenace et volontaire. Tandis que le troupier français, dans ses cantonnements, s'agite,se trémousse, appelle et crie de tous côtés, les Britanniques, avec leur démarche paisible et silencieuse, avec leur .regard*?roid et décidé, s'arrêtent en contemplation muette devant les devantures, s'introduisent dans les cabarets où règne Je plus grand calme et d'où, à l'heure prescrite, sur un geste du policeman militaire, ils sortent mot «lire, ayant porrectemeat et scrupuleusement payé leur consommation.Une discipline absolue. Une froide et sévère discipline règne dans cette jeune armée, avec autant d'exactitude que dans la plus ancienne armée de métier. Les règlements britanniques, d'une rigueur impitoyable, répriment immédiatement tout manquement, tout acte d'insubordination ou de révolte, par les châtiments les plus sévères ; île soldat anglais sait qu'une sanction rapide et sommaire suit de près la faute. Mais ces moyens extrêmes sont d'une application fort rare; le désir de vaincre l'ennemi de la civilisation qui anime tous ces soldats improvisés est le plus sûr garant de leur subordination. Le lien qui a groupé ces bataillons de récente création, et qui fait d'eux line force redoutable, est d'autant plus solide et serré qu'un grand nombre de ces formations sont l'oeuvre de "land lords," grands propriétaires terriens qui ont été leurs propres recruteurs en faisant appel à leurs locataires" erites ont réunis sOtis leurs ordres pour les mener .au combat. Cette sorte de cohésion féodale qui régit encore la population agricole de la Grande-Bretagne a facilité dans line large mesure l'organisation de ccs bataillons territoriaux où se trouvent réunis des hommes de tout âge et de toutes conditions.Il faut du reste remarquer l'excellent aspect de ces "gentlemen," qui, improvisés officiers pour la circonstance, semblent s'être appliqués à donner à leurs troupes un cachet martial, à leur inspirer cette confiance qui est la base de l'autorité du commandement. Cependant, dans cette nation en armes, il ne faut pas seulement admirer les hommes, nous devons aussi parler de l'outillage, de la cavalerie et enfin de cet énorme matériel, aménagé et agencé suivant les nécessités les plus modernes et les besoins les plus minutieux. La cavalerie britannique. Remontée en chevaux bien étoffés, d'un type parfait comme chevaux d'armes, à l'encolure bien portée, aux membres musclés, le chanfrein fortement busqué pour la plupart, la cavalerie britannique nous montre un modèle de cheval supérieur à ceux de nos dragons de France. Bien, entretenus, bien nourris, les chevaux anglais sont d'origine canadienne ou irlandaise ; ils ont en quelque sorte la .même apparence robuste et résistante que présentent leurs cavaliers. Les chevaux d'attelage, sorte de chevaux de labour rustiques et massifs, semblent d'une solidité à toute épreuve ; ils sont en outre remarquablement garnis avec des harnais légers mais dont l'entretien est certainement l'objet de soins minutieux et journaliers. On sent chez le cavalier, chez Je conducteur, un véritable attachement pour sa monture ou pour son attelage. De beaux attelages de mulets méritent également l'attention par leur grande taille et l'élégance de leurs lignes. Les principes d'équitation paraissent différer sensiblement de ceux en honneur en France. Le cavalier, généralement très assis dans le fond de sa selle, ne semble pas faire un usage constant de ses jambes comme moyen de conduite. Si les chevaux n'ont pas été beaucoup travaillés au manège, du moins ils sont très poussés dans les mouvements en avant et bien équilibrés dans leurs allures.Il est difficile de s'étendre sur l'artillerie britannique; les détails qu'on pourrait donner seraient de nature à révéler certaines particularités qui doivent demeurer secrètes. Qu'il suffise de savoir que l'industrie anglaise s'est surpassée en créant de toutes pièces un matériel de tir de tous calibres le plus perfectionné qu'on puisse imaginer. En ce qui concerne les munitions on peut dire que le Royaume-Uni devenu une immense fabrique de munitions,a employé dans ce but toute sou énorme sajjacité produc trice. C'est bien le cas de dire que ce pays a changé en épée le soc de ses char» rues. Détermination réfléchie. L'Allemagne était convaincue que l'Angleterre ne se battrait pas, que l'Anglais figé dans Pëgoïsme clés affaires ne se sacrifierait jamais pour son pays, que par suite on n'aurait jamais à compter qu'avec les. quelques divisions que comportait La petite armée du temps de paix, noyau des corps expéditionnaires pour les entreprises coloniales. Certes, le Royaume-Uni, moderne dans son ensemble, ignorait la chose militaire, le long da cette chaîne sans fin de fabriques d'usines et de mines qui recouvre le sol anglais de villes en villes, de village en, village, on n'avait jamais vu un soldat. Mais du jour où la liberté des nation^ coalisées s'est trouvée menacée, où l'oppresseur, destructeur de cités libres, a tyrannisé des populations pacifiques et compromis la vie économique du monde entier, l'honneur anglais et la gloire de l'empire britannique ont dicté leur devoir aux millions de citoyens du Royaume-Uni en leur montrant l'effort à faire. Cet effort ils l'ont fait, et nous ne .serons pas loin de la vérité en affirmant que dans Je .regard de tout soldat britannique on peut lire ia détermination volontaire et .réfléchie de l'acte qui fait de ce citoyen libre un soldat; que dans ses yeux il est permis de voir le reflet du sentiment avec lequel, consciemment, il s'est soumis à la discipline rigoureuse, exacte ciment de cet organisme toùt neuf, "la nation qui s'est réveillée en s'armant pour la défense de la liberté et du droit." Général SAURET* LA VIE DE PARIS. Paris, 4 novembre 1916. Des académiciens français étaient allés. en Espagne parler de la France ; on les avait reçus avec une cordiale déférence. Des académiciens espagnols sont venus rendre cette visite et nous ont apporté de réconfortantes paroles. Cela n'aura pas grande importance sur la marche des événements, mais ce sont des manifestations qui ont leur prix. On peut se livrer sur les académiciens et les Académies à des plaisanteries faciles, il n'en reste pas moins que des deux côtés des Pyrénées ces assemblées constituent une élite et exercent, malgré tout, quoique (souvent très lentement, une réelle action sur les idées, les opinions et les sentiments. Aussi, sans exagérer la portée de ces voyages, on ne peut qu'être satisfait de les voir se produire au moment où le pays traverse des heures difficiles. N'est pas qui veut le courtisan du malheur, et ce n'est pas le cas ; je veux dire seulement que ces marques d'amitié quand la roue incertaine du destin n'a pas encore tourné ont une valeur morale qui crée des liens de sympathie et de reconnaissance pour le lendemain. Nous avons eu des preuves de dévouement auxquelles nous étions bien loin de nous attendre ; n'a-t-on pas annoncé, il y a quelques jours, la mort dans les lignes britanniques, sur la Somme, du comt Cedric Dickens, le petit-fils du célèbre romancier anglais, qui est venu combattre à nos côtés pour la même cause. Deux petites lignes dans la nécrologie et ç'a été tout. Nous avons tant de morts par les temps qui courent que nous =ommes obligés de raccourcir les articles funéraires pour qu'il y ait un peu de place pour chacun. Pourtant, le commandant Cedric Dickens méritait plus et mieux. M. Léo Claretie est le seul qui ait écrit sur ce soldat héroïque un article un peu touffu et, encore, notre distingué confrère a-t~il rappelé surtout le séjour du grand'père du héros en France. Il faut "ajouter que tous ces souvenirs sont curieux, pittoresques, amusants. M. Léo Claretie a noté les séjours de l'auteur de David Copperfield en France, à Boulogne-sur-Mer, de 1853 à 185G, et il nous raconte que Dickens vint à Paris, deux fois, en. 1846 et 1855. Sa minutie d'annaliste nous indique la maison du 48, rue de Courcelies, qu'habita le célèbre romancier anglais, maison appartenant au marquis de Castellane. Il visita alors Victor Hugo dans la maison de la Place Royale, la Maison de Ninon de Lencios qui est devenue depuis le " Musée Victor-Hugo." Nous apprenons encore que Dickens revint à Paris en 1855, qu'il logea rue Balzac, mais que s'étant disputé avec Te concierge, il s'en alla au n° 49 de l'avenue des Champs Elysées. Léo Claretie a retrouvé les notes et impressions de voyage de l'auteur des " Aventures de Pickwick " et il les résume au passage. " Le Théâtre Frânçïùs ne lui plaît gyèrç,, écrit-il, ç'est, affirme Dickens, un

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Cet article est une édition du titre L'indépendance belge appartenant à la catégorie Liberale pers, parue à Bruxelles du 1843 au 1940.

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