L'indépendance belge

325 0
close

Pourquoi voulez-vous rapporter cet article?

Remarques

Envoyer
s.n. 1918, 18 Novembre. L'indépendance belge. Accès à 20 mai 2019, à https://hetarchief.be/fr/pid/w08w95238p/
Afficher le texte

Over deze tekst

Onderstaande tekst is geautomatiseerd gemaakt met OCR (Optical Character Recognition). Deze techniek levert geen 100% correct resultaat op. Dit komt mede doordat oude drukken moeilijker te lezen zijn met software dan moderne. Dat betekent dat er onjuiste tekens in de tekst kunnen voorkomen. Er wordt gewerkt aan verbetering van de OCR software.  

Lundi 18 novembre 1918 10 centimes 89® année L'INDÉPENDANCE BELGE TÉLÉPHONEi Direction ., ,. .. A 2278 Administration .. ...... B 73 Rédaction B 75 Adrene télépipliqot : LINDEBEL- BRUXELLES Eg.:-- ' r;...... Baa-ii r... ..j VJ Fondée en 1829 ADMINISTRATION ET RÉDACTION c RUE DES SABLES, 17 Bureaux parisiens : place de la Bourse, 11 ABONNEMENT BELGIQUE : Un an, 24 fr. ; six mois, 12 fr. 9 trois mois, 6 francs» ÉTRANGER e Un an, 40 fr,; six mois, 22 fr.; trois mois, 12 francs. métliodimift dn ■marp.elm.l 1 1 tt .• _ _» ■«_ t 1 ~r — L' « Indépendance belge », éditée à Bruxelles dès 1829, a cessé, en même temps que ses confrères, sa publication dans cette ville, le 20 août 1914, jour de l'entrée des Allemands. La nouvelle direction fait reparaître Je journal à Bruxelles,le 18 novembre 1918, jour du départ de l'envahisseur. Depuis quatre ans, une partie de l'ancienne rédaction de 1' « Indépendance belge » a publié un journal à Londres sous ce même titre. Ce journal a certainement mené le bon combat pour la cause de la liberté de la Patrie, et nous rendons hommage à .ses efforts courageux. Mais nous ignorons presque tout des thèses qu'il a pu soutenir. Et nous déclarons simplement aujourd'hui ceci : en même temps que commence une nouvelle page de l'histoire glorieuse de notre pays, commence une nouvelle page de l'histoire de ce journal. Il est"né avec la Belgique ; avec la Belgique qui va connaître, après un long martyre, de nouvelles destinées, il se transforme, il s'adapte aux nécessités nouvelles d'un monde nouveau qui va devoir aborder et résou Ira les plus graves problèmes dans un esprit libéré de l'empirisme d'hier, largement démocratique, et inspiré par les principes dégagés de l'idée féconde du productivisme. Ces principes, il les défendra avec mesure, en s'efforçant de les iustifier par des études documentées et réfléchies, ainsi qu'il convient dans un pays où la souffrance commune aura purifié les querelles de partis. Ces études toucheront à tous les domaines de l'activité, nationale autant qu'internationale, et ne négligeront pas l'observation quotidienne de la vie ardente et enthousiaste que nous allons vivre demain. Nous nous sommes assuré, en Belgique et à l'étranger, la collaboration de spécialistes et d'écrivains capables, en enregistrant les événements, de les expliquer et de les commenter, de tenir nos lecteurs au courant de tout ce qui va se passer dans le monde transfiguré par le drame qui s'achève, dans le monde qui, nous l'espérons fermement, va, débarrassé de l'angoisse de la guerre, confiant en le Droit sauvegardé par l'institution de l'arbitrage international, travailler paisiblement et hardiment innover. De ce travail formidable, la Belgique prendra sa part avec enthousiasme. Avec enthousiasme nous tâcherons d'y collaborer. * * « L'occupant a complètement dépouillé 1' « Indépendance belge » du matériel de ses ateliers. Nous demandons à nos lecteurs quelque crédit. L'aspect de notre journal ne sera définitif et nous n'auront toutes nos rubriques que lorsque nous serons en possession de notre matériel nouveau. LIBRES r Libres I i Libres ! Nous sommes libres ! La Belgique est maîtresse de ses destinées. ' Constater cela, c'est proclamer la défaite ^complète de notre agresseur, de la puissance ^îrrogante qui tenta, en une heure de fol orgueil, de dominer le monde. Au début de sa criminelle action, il avait "réussi, — tâche facile pour le géant armé attaquant un faible qu'il s'était engagé à protéger — il avait réussi à maîtriser la Belgique, ^Èa première proie. Et dès lors, il avait jete le masque, il avait exprimé nettement sor intention de ne jamais abandonner cette Jproie. Malgré l'indignation du monde entier, il avait annoncé d'abord qu'il garderail iotre pays sous son autorité; puis, à l'heure jdes pr*«iers revers, qu'il exercerait sur lu: jÇine sorte de protectorat, car il avait la prétention de nous être supérieur. Bethmann Holweg, Michaëlis, Hertling, tinrent le mê *ne langage. Jamais on ne parvint à, leui arracher une renonciation à leur infâme pro jet. Et jamais le Reichstag, même sa fractior socialiste, ne l'exigea d'eux nettement avanl ^pie la défaite apparût inévitable et complète. ^ La défaite. Elle seule pouvait les détermi ner à accepter l'indépendance absolue de h Belgique. Cette souveraineté était devenue VTailleurs, pour les alliés, le symbole de li Victoire et la première condition de la païx. Nous sommes libres! La défaite allemande )st consommée. Le monstre du militarisme prussien est vaincu. Les Morts Nous pensons à eux. Nous y pensons tous Nous crions une joie enthousiaste. Noui .acclamons, nous serrons des mains. Nou: étr«ignons des êtres chers, nous rions, nou chantons dans le décor exaltant des ville pavoisées. Quand des larmes nous ferment 1; gorge, nous obscurcissent les yeux, ce son jdes larmes douces, celles que provoquent le nobles spectacles de la grandeur humaine. Ja mais nous n'avons vécu, jamais plus nous n revivrons pareilles heures d'allégresse. Pourtant nous pensons aux morts, nous ; pensons tous. Dans notre mémoire passen ,'des visjtges jeunes que nous ne verrons plu .vivants. Ce matin encore, avant de quitte ia maison, nous avons contemplé des photc graphies de soldats dans leurs cadres orné d'un ruban tricolore et d'un crêpe, de beau: •jeunes gens qui ne reviendront pas demai: avec ceux qui vont saluer nos hourrahs frêne tiques. Et nous savons qu'il en est d'autres beaucoup d'autres que nous ne connaisson pas et qui sont morts eux aussi pour la caus aujourd'hui triomphante. Ils étaient victc jieux et ils ne l'ont pas su. Ils n'ont pa eu la récompense du dénouement, d cette joie fière, de ce délirant espoir en 1 monde nouveau qui commence et qu'ils on construit. Et nous osons goûter, nous, cette joie ge gnée par eux et dont ils sont frustrés. Oui, nous l'osons, et nous le devons. Us l'ont voulu. Us sont morts pour qu cette joie vienne, pour que nous puissions i brement crier nos enthousiasmes et nos ha: nés, pour que nous puissions, librement acclamer les idées que la force hideuse avai tenté d'abattre et que, sans leur sae.rjf'ce, o aurait abattues. Si l'allégresse ne régnait point au joui d'hui, si nous pleurions les morts, ces mort seraient vaincus. Il faut crier leur victoire. ! ne faut pas les p]eurer : il faut célébrer leu héroïsme. Cet héroïsme fut si pur ! Rien ne l'inspir qui ne fût digne et généreux. Aucun d'entr ces jeunes gens de chez nous n'avait jama: souhaité se battre et tuer. Us ne nourri: saient pas de haines de races. Us ne carei fiaient pas de rêves de conquête. A peine sî vaient-ils qu'ils aimaient leur pays. Dans le écoles ele ce pays, on leur avait appris à d< tester la guerre, on leur avait enseigné -car on vivait dans un rêve confiant -la fraternité. On ne les avait pas exaltés l'évocation de fastes militaires glorieux. I souriaient au récit des vieilles épopées : ce] n'était plus de leur temps. Même il en éta que l'obligation du service militaire irrita comme une odieuse survivance de régime abolis. Tout semblait les vouer à l'hésitation d' vant le devoir. Et ils n'ont pas hésité. 0 attentait au Droit, on attentait à la Liberti on voulait opposer la Force à l'Idée et restai rer les vieilles dominations. Us se sont élancés, soldats ennemis de la guerre. Pour tuer celle-ci et pour sauver l'Idée, ils ont été la Force. A Liège, à Waelhem,à Anvers,sur l'Yser,en 'Flandre, ils se sont battus superbement. Ces pacifistes on été d'admirables soldats. Et grâce à eux l'Idée est victorieuse, et les hommes ont aujourd'hui le droit de la chanter librement. C'est cela qu'ils voulaient. C'est donc ce qu'il faut faire. Avant d'être abattus, ils ont rêvé souvent ele cette heure où, chez nous et chez nos alliés, on célébrerait la fin, non de cette guerre, mais de la guerre, la défaite de la Force oppressive et le triomphe des peuples qui veulent grandir par la science, le labeur et la solidarité. Cette heure est venue. Il faut que les morts l'entendent, que la terre de leurs tombeaux tressaille à l'écho de nos cris. Ce sont eux que nos cris acclament. — Salut aux Alliés La Belgique délivrée salue ceux qui ont si largement contribué à sa délivrance ! Première victime du Monstre, elle pantelait sous sa griffe, elle agonisait peu à peu dans les pires tortures morales et physiques qui accablèrent jamais un peuple. Cependant, après quatre ans, elle résistait comme au premier jour. Muette, concentrée, elle résistait de tout son entêtement, de tout son espoir, ele toute sa foi. Ah, comme elle croyait, comme elle n'a pas cessé un instant de croire, en dépit des mensonges dont les journaux stipendiés la saturaient, en dépit des louches manœuvres dont on la pressait de toute part, en dépit des victoires apparentes de l'ennemi !... Hille croyait envers et contre tous, elle croyait jusqu'à l'ab-„ surde ! ; Pourquoi cette confiance inébranlable? JParce 5 qu'elle se reposait sur "la force loyale de ses 3 alliés. La France chevaleresque, la tenace An-3 gleterre, et puis la formidable Amérique t s'étaient solennellement engagées à lutter pour t elle jusqu'à la victoire finale. (Qu'importaient 3 dès lors quelques années de souffrances, puis-. que la Libération du territoire, puisque le triom-î phe du Droit étaient au bout ? JbJn vain l'oppresseur raillait sa foi, son indéracinable espérance. 7 En vain lui affirmait-il que ce qu'il tenait, il le t tenait bien !... Elle croyait, elle croyait, elle 3 croyait !... Haletante, brisée, à demi morte, elle r se redressait toujours, pressentant l'aurore radieuse, tendant les bras vers le Soleil de la Li-3 berté c Et voici qu'il s'est levé enfin, qu'il monte ma-T jestueusement dans un ciel pur. La chape ae plomb qui nous écrasait, soudain s'est évanouie. C'est le premier jour du monde !... 11 semble s que nous voyions la lumière pour la première a fois !... Gloire à ceux qui nous ont délivrés ! Gloire s aux petits soldats, aux héroïques petits soldats 3 de France, gloire aux magnifiques soldats îm-g provisés d'Angleterre et d'Amérique, gloire aux £ Italiens, Serbes, Grecs .Portugais, .Roumains, qui contribuèrent à la victoire, sans oublier les Russes, qui naguère, au début des hostilités, accomplirent de si nobles prouesses !... A tous, la Belgique gardera une gntitude éternelle. Elle les accueille en frères sur son sol régénéré. Elle les salue et les acclame et, d'une main recon-" naissante, elle tend vers eux le vert laurier ! ^ LE ROI Dans la tourmente qui vient de secouer l'Europe . et de renverser tant de trônes, le rôle des roiî g fut difficile. ■i Parmi les peuples en lutte, certains étaien conduits encore par des souverains autocratiques 1 représentant du régime de la force que la guerre par eux déchaînée, a définitivement aboli. a Du côté des peuples qui luttaient pour la démo e cratie, plusieurs avaient à leur tôte des monarque: s constitutionnels. La démocratie a vaincu avec eux 5~ Tel est le cas du roi des Belges. Avec une mâle résolution, avec une fermeté qu L' n'a jamais connu de défaillance, il a été le servi ;s teur loyal et enthousiaste de la grande cause poui î_ laquelle luttaient les Alliés, le soldat de l'immense ~ armée qui a vaincu, malgré toutes les difficulté: ~ et toutes les souffrances, le militarisme et le ré ^ gime autocratique. s Dans les circonstances tragiques qui ont, pen a dant quatre années, bouleversé nos institutions it il est demeuré le roi constitutionnel, tout en rem it plissant avec une vaillance allant au delà de soi s devoir, sa tache de premier soldat de notre armée de cette armée d'un peuple point belliqueux, d'ui î- peuple démocratique. n Avec ce peuple, il s'est identifié tellement dan: la lutte epi'en le saluant, c'est lui-môme qu'il salue i- C'est donc sans arrière-pensée que les Belges quelles que soient leurs opinions, s'associent à l'hommage éclatant dans lequel la ville de Gand a, mercredi, confondu l'armée et son chef, le Roi. Le Peuple belge L'armée a été héroïque. Quand une armée d'au-• jourd'liui est héroïque, c'est qu'elle est issue d'un peuple héroïque. Et, en effet, la population belge demeurée en Belgique durant ces quatre années, a été admirable de stoïque résistance. Nous ne croyons pas que jamais la volonté d'un peuple moderne ait été soumise à pareille épreuve. Contre elle tout a été tenté. Malgré les efforts prodigieux du Comité national, ce peuple a eu faim, et l'occupant a tout fait, par les réquisitions, par les agissements frauduleux des centrales, par les mesures ..savamment calculées dans le but de nous enlever les vivres indigènes, pour aggraver cette faim. En même temps, avec une perfidie raffinée, tandis qu'il nous privait de toutes nouvelles du dehors, l'occupant organisait la campagne de la démoralisation, de la corruption, de l'avilissement, 1 de la division et du mensonge, l'empoisonnement i méthodique ele l'opinion, de la terreur. A la terreur, en dépit des fusillades, de la torture, le peuple a fait la nique; il a ri devant les i arrêtés les plus terrifiants. ] Il a ri devant les mensonges qu'étalaient chaque < matin sur les murs les bulletins allemands. -, Lorsqu'à commencé l'infâme action séparatiste, ] à laquelle collaboraient une poignée de traîtres, il ] a craché à la face de ces traîtres son mépris; et il ; a maintenu, malgré toutes les divisions officielle- < ment et facticement accomplies, l'unité du pays. ] Aucune calomnie n'a eu de prise sur lui. Les \ Allemands lui annonçaient chaque jour une dé- •, faite des Alliés, une prétendue défaillance ou une ( prétendue mauvaise action des gouvernements de l'Entente. Le peuple ne savait rien de ce , qui se passait. Mais il savait que les Allemands ; mentaient. Pour lui, ils mentaient toujours. Il l'avait ainsi décidé. Et il avait raison. Et il le lui criait, même devant les abominables tribunaux militaires. Il savait aussi — il l'avait décidé — ejue. l'Aile- ' mand serait vaincu et que la Belgique serait libre. Elle l'est. Et si elle l'est, c'est grâce à l'armée sortie de lui et à lui-môme. Car il a maintenu, " sous la terreur et sous la faim, son unité et sa dignité, il les a maintenus même dans les horreurs de la déportation. Quand on pourra écrire l'histoire du peuple belge pendant l'occupalion allemande, le monde < lira une épopée. ] : LA BATAILLE DE LA BOUE ! Dans quelques heures, Bruxelles fêtera les 1 premières troupes belges. Pendant quatre ans, elles montèrent la i garde sur les bords de l'Yser. Le courage con- I tinu qui fut nécessaire pour résister aux in- l tempéries et aux attaques sur un sol que la i moindre pluie détrempait et transformait en lac de boue, qui donc pourra le raconter avec -, assez de puissance pour en faire comprendre ] l'incalculable graneîeur. J'essaye de ramasser quelques impressions, de les noter pour en donner une vague ielée et je n'y parviens pas, tout à l'émotion du retour, à la joie de me retrouver dans ce bon vieux Bruxelles, dont nous parlions avec ferveur là-bas, et ! aussi avec orgueil, parce que nous étions fiers de son patriotisme irréductible. Au début de la guerre, une légende d'un dessin de Forain fit fortune : « Pourvu que les civils tiennent ! », signifiant par là que 1 pour le reste les poilus s'en chargeaient. Les ' civils, à Bruxelles, comme ailleurs en Belgi- . , que, ont tenu. Et ils eurent plus de mérite assurément, que ceux des régions non enva- . hies. L'Allemand essaya de toute façon de persuader aux combattants que le. peuple ( ^ belge aspirait à la paix coûte que coûte. Nous . savions qu'il mentait. Cela nous fut d'un pré-j cieux réconfort. Nous exultions chaque fois ; que nous apprenions un des mille tours que ' . les Belges jouaient à l'ennemi exécré. Toutes 1 les brimades qu'il leur infligeait ancrait plus . solidement la haine dans nos cœurs. , Ce fut cela, en même temps que les vîctôi- ■ res de nos alliés français, anglais et améri- : t cains, qui galvanisa nos courtes îorsqu'ar- ; riva î heure d'entrer à notre tour dans la t danse. Ce fut le 23 septembre, à 6 heures du matin, sous une pluie fine, après .une solide ; préparation d'artillerie, que les troupes bel- ■ ges, en liaison avec les troupes anglaises, pri- 1 > rent l'offensive. Aux premiers coups de ca non, l'ennemi s'était alarmé et ava^o lancé les fusées d'alarme, réclamant le secours de son artillerie, qui déclancha un feu de barrage. A l'heure H, c'est ainsi qu'on désignait l'heure d'attaque, les fantassins partirent à l'assaut des tranchées ennemies, aux cris de « Vive le Roi! Vive la liberté! » et en chantant. Minute émouvante. D'eux on peut dire ce..qu'un général français disait de ses hommes : « Us sont à se mettre à genoux devant ». Les Allemands résistèrent à peine. Il fallut réduire, à la baïonnette et à la grena-dei des abris contenant plusieurs mitrailleuses qui fauchaient impitoyablement. Mais rien ne put arrêter l'élan des nôtres. Us étaient partis pour la gloire.Il y eut des actes el'héroïsme de la part des chefs et des soldats, les uns dignes des autres. Nous les conterons quelque jour. En voici un qui fait éclair sur le mordant des troupes. Une section, qui progressait vers Clercken, était arrêtée par des tirs de mitrailleuses soigneusement défilées. Un caporal, pour permettre à ses hommes ele repérer le nid de résistance, se .mit debout de façon à attirer sur lui le tir ennemi. Grâce à son dévouement, on découvrit l'endroit où se tenait les mitrailleurs ennemis. Us furent décimés à la grenade. Des Cessés refusèrent de se laisser évacuer et ne quittèrent le champ de bataille que lorsque les objectifs ele la première journée d'attaque furent atteints. Au tableau, les troupes belges inscrivaient quelques milliers de prisonniers, des centaines de canons et de mitrailleuses et un matériel considérable. Nous av*ns avancé de plusieurs kilomètres, emportant Clercken, la forêt d'Southulst et d'autres lieux fameux, dont les noms inscrits sur les drapeaux des régiments et les bouches des canons, blasonnent les annales d?s armées beiges d'une gloire indélébile. Ce fut à travers un lac de boue, où l'on enfonçait jusqu'aux genoux, que nos fantassins aborc&wtfut les positions ennemies solide-meat orjpwrsées et défendues opiniâtrement. La boue collait aux souliers, aux guêtres, aux capotes, entravant la marche des hommes, complice de la défense. Essayez de vous représenter ce terrain, labouré, éventré, retourné depuis quatre ans par les mitrailles. A certains endroits, devant la forêt d'Hout-bulst notamment, il ressemblait à une écu-moire. Les trous étaient remplis d'une eau boueuse; les anciens chemins étaient transformés en cloaques. Il fallut progresser de plusieurs kilomètres à travers cette terre re-bournée à l'état planétaire, sous les feux de ["artillerie, des mitrailleuses et de l'infante-l'ie. Ce furent des êtres gaînés de boue qui, successivement, enlevèrent les lignes ennne-nies à la baïonnette et à la grenade. Il y eut :lss unités qui avancèrent si rapidement in'on dut les ravitailler en vivres et en muni-ions pa.r avions. [Dans les airs', les aviateurs belges et alliés •uivaient la progression de l'infanterie, dispersant les escadrilles ennemies, descendant i quelques mètres au-dessus du sol pour mi-raiîler et bombarder les colonnes alleman-les. L'artillerie suivit et soutint l'infanterie lans sa progression rapide. On apprendra dans les larmes la mort des Darents et des amis, ele ceux qui sont tombés m bra-ves pour la défense des foyers et l'hon-îeur du peuple belge. Pour rependre un mot le Flaubert, nos cœurs sont gorgés de cadavres comme un vieux cimetière. Nous garde-■ons pieusement leur souvenir, nous veille-ons, nous qui revenons, à ce que la patrie bequittée la dette qu'elle a contractée envers :eux qu'ils laissent. Fidèles à leur mémoire, îous maintiendrons leur haine durable coure la nation qui a accumulé les deuils et les 'uines. Cette haine, nous la planterons au :œur des générations à venir. Des siècles d'effort, de patience obstinée ie sont écroulés dans une désolation infinie. '1 faudra conserver quelques hectares du îhamp de bataille de l'Yser pour édifier les pèlerins du monde entier sur le rôle de l'ar-née belge et aussi pour faire haïr la guerre i jamais par ceux-là mêmes qui ne comprendraient ni la douleur de nos églises de villages, ni le deuil de nos maisons. Resy. Le Comiié National Nous ne pouvons, dans ce premier numéro, [ire complètement ce qu'a été l'œuvre tuté-aire élu Comité national. Mais nous ne voulons pas tarder à dire ici, lès le premier jour, la gratitude ele tous les ïelges pour l'énergique et inlassable action lu Comité poursuivie à travers des obstacles jui paraissaient insurmontables et malgré 'hostilité ele l'occupant. Des critiques ont été formulées parfois. 3'est qu'on ne connaissait pas le statut du Comité national et les limites imposées à son ntervention, c'est qu'on oubliait que l'œuvre ravaillait avec un organisme improvisé à sa aclie, effroyablement compliquée et sans )i*écédent dans l'histoire. Si la population belge est aujourd'hui virante élans la victoire, c'est au Comité Natio-îal qu'elle le eloit. LA LUTTE ¥TÂ ÏITSE NOTES Aujourd'hui, c'est la victoire, la victoire ;omplcte. Mais il y a epielques mois... Vous /ous rappelez l'offensive allemande sur Imiens, en mars? On ne sait pas encore chez nous ce que fut i cette heure-là le elanger. Le dimanche qui suivit le 21 mars, le grand juartier général télégraphiait au gouverne-nent belge ceci : « Demain, les Allemands auront pris \ miens. Prenez toutes vos (lispositious pour îvacuer vos magasins élu Havre, m Cotte nuit-là, les Belges du Havre ne elor-nirent pas. Mais deux jours plus tard, la situation se BçdlîlSiu. Amiens était sauvée. * * * Revirement brusque élans la situation mili-:oire, a-t-on dit. Revirement inexplicable, le [5 juillet, après l'avance allemande au delà le la Marne. En réalité, il n'y a pas eu brusque revire- f nient, mais action méthodique du maréchal 1 ! Foch tiui sut admirablement utiliser ses ré- z serves, no s'en servir toujours qu'au moment (( où le succès tactique des Allemands allait se j transformer en succès stratégiepie. ^ La victoire des Alliés n'a pas commencé le i5 juillet sur la Marne, mais le 26 juin devant Compiègne. C'est ce jour-là que débuta la victorieuse contre-offensive> -* * -* î Ce qu'a coûté la guerre, en pertes hu- (-maines, du côté des Alliés ? r Il est difficile ele elonner dès à présent des j chiffres définitifs. Il n'y a que des estimations. Lo plus gros chiffre, le plus glorieux et le plus sinistre est fourni par l'armée française : environ 2 millions de morts et ele bles- \ sés. Les Anglais ont, parait-il, près d'un Jl million eriiommes hors de combat. ^ Quant à nous, nous avons un peu plus de 3o,ooo morts et blessés. j Avant l'offensive de septembre 1918 sur -l'Yser, 110s pertes n'atteignaient guère que la moitié de ce chiffre. Mais lorsque, après une longue et Impatientante inaction, nos troupes -reçurent enfin l'ordre, 011 devrait elire la permission el'attaquer, elles avancèrent avec une c telle intrépidité, une telle témérité, ejue leurs c pertes furent effroyables. j » * * Les Américains ont apporté dans le débar- t quement de leurs troupes, depuis six mois, 1' une régularité eléconcertante. Ils y mettaient r une sorte de coepietterie. d Ils avaient élit : a Nous amèneront dix mille hommes par jour ». Et ils tinrent strictement leur promesse, el Chaque matin, à 8 heures un quart, eléfilaient lï élans la grande rue élu Havre, elix mille Amé- 1î ricains. Chaque matin, à la même heure. Sur v cette arrivée, les Belges du Havre auraient p pu régler leur montre. ti « * * v Dans quel état est le beau pays de la Furnes-Ambaclit, sont ses vieilles villes si ^ glorieuses et si pittoresejues. ^ Hélas! il ne reste guère debout que Furnes, * elont les monuments sont intacts ; seuls quel- ^ ques pignons des petites maisons de la Granelt Place sont entamés. Dixmuele et Nieupors sont entièrement détruites. Quant à Ypre- P qui, eu 1917, était une belle ruine encore re- & connaissable, il n'en reste plus maintenant P que quelques pans de murs antiques. O11 ^ songe à les laisser debout, à l'entrée du ci-metière des Alliés, que l'on créerait sur l'emplacement ele l'ancienne Cité des elrapiers. La campagne, la riche et belle campagne P autour eles villes de ls Flandre maritime, est 11 dévastée par l'artillerie qui a tout nivelé. Elle a l'aspect d'un paysage lunaire. Nlos (1 peintres qui l'aimaient tant n'y retrouveraient ^ plus même un souvenir ele leurs impressions r: de jadis. i1 * * & n On avait parlé d'acquisitions de terriu ^ toires. Il y avait les paroles fameuses du président Desclianel, à la Chambre française, C] dans les premiers jours ele la guerre. Et elepuis lors, il fut souvent question de ^ la rive gauche ele l'Escaut et élu Grand-Duché c: de Luxembourg. De la rive gauche ele l'Es- s< caut, on 11e parle plus guère ; 011 estime que suffirait un nouveau traité avec la Hollande a concernant l'Escaut. *( Et le Grand-Duché ? Ci i Pour le Granel-Duclié, rien n'est fait. Mais L y a la parole de M. Poincarré à l'un de nos ministres : (( C'est une chose entenelue ». P Il ne s'agit pas d'une annexion, mais d'une a réunion, avec l'assentiment des populations intéressées. * * * jl Le gouvernement belge qui était, il y a trois jours, en partie au Havre, en partie — les ministres de l'intérieur, du ravitaillement, 01 des affaires économiques et de l'intendance — 111 à Bruges, a nommé des commissaires dans *: les provinces réoccupées. r( Pour le Iïainaut, le commssaire du gouver- 111 ncment ost le leader socialiste Louis de Brouckère. q # 11! Sait-on que le chef d'état-major du maré- S1 chai Foch est — du moins l'assure-t-on — d'origine belge. Il s'appelle Weigond. Et le nom, en effet, S! sonne familièrement aux oreilles belges. 1T m * m P Tous ceux qui nous arrivent de la Flandre, ^ où l'armée et le Roi viennent d'être reçus C< avec un si délirant enthousiasme, disent U l'inexprimable colère des populations envers a' les activistes. A Ganel, on le sait, le local des n activistes a été saccage et incendié. Et partout, dans le moindre village, c'est la même indignation, manifestée avec violence. Comme les Allemands connaissaient bien les Flamands ! * * * ™ La plupart des officiers allemands se sont ^ soumis sans même un commencement ele résistance aux injonctions des Conseils de -, solelats. [ On cite cependant quelques cas de résis-tance et ele dignité désespérée. Tel celui ele l'amiral Schrœeler, qui commandait sur la o côte belge. A Gauel, lorsque les marins voulurent lui enlever les insignes do son grade, il tua trois hommes à coups de revolver, puis fut lui-même tué. Celui-là, au moins, fut logique. •* * # g Lo « Dailly News » publie une liste de ^ cent-soixante-eleux personna^ês allemands, ^ dont il demande la mise en accusation élevant un tribunal international, pour crimes commis contre le elroit eles gens. A MONS ci Jeueli, à 11 heures élu matin, les troupes al- P liées ont fait leur entrée à Mous. Une revue a (s été passée sur la place d'Armes, lo géné- d ral Home, commanelant la 3° armée britannique. Ont défilé, les éléments ele trois corps d'armée. En tête marchait la elivision qui a m ejuitté Mons la dernière en 1914 et qui y est rentrée la première en 1918 : la 3e division fa canadienne. L'échevis, M. Save, a congratulé lo © général Horne, qui a répondu au milieu des cclamations do la foule. Le carillon jouait la Brabançonne ». Lo temps était magnifique, j'enthousiasme de la population tient du .éliae. A ANVERS Les premiers soldats belges sont entrés à mvers vendredi derniér.Nous croyons savoir u'il s'agissait d'un groupe de lanciers et peut-tre même d'artlleurs qui avaient été envoyés ans la ville à la demande même des autorités îilitaires allemandes en vue d'éviter le pliage des docks. * * * C'est hier matin dimanche, à dix heures,que 3S troupes françaises ont elû faire leur entrée Metz, dans quelques jours elles seront à itrasbourg. Aujourd'hui, toute la France sera en fête. ECHOS C'est le vendredi 21 que le Roi fera son ntrée à Bruxelles, à la tête des troisième, uatrième et sixième elivisions d'armée, qu'il assera ensuite en revue. Le Roi sera accompagné par le général elge Gilain, le général français Desgouttes, i général anglais Plumer et un général amé-Lcain. Ces officiers généraux seront entourés e leurs états-majors. Hier matin, une auto a conduit au château q Lopliem — où se trouvent en ce moment le ,oi et la Reine — M. Max rentré d'Allemagne L veille. Dès son arrivée, M. van Vollenhoe-en, désireux de témoigner à M. Max sa sym-athie, avait mis son automobile à la disposi-on de notre bourgmestre pour lui faciliter le oyage; mais M. Franqui avait déjà pris les ipositions nécessaires. C'est dans sa voiture ue partirent M. Max, M. Braun, bourgmes-•e de Gand; M. van "Vollenhoeveu et M. ranqui. Ils furent reçus par le Roi et la eine au commencement de l'après-mieli; l'en-evue fut j)leine d'émotion et de joie; le Roi licita vivement M. Max pour sa conduite itriotique et remercia M. Braun ele son éner-e. Les deux bourgmestres, à leur tour, ex-L'imèrent aux Souverains leur admiration dut tout ce qu'Elles ont fait pendant leurs 1res épreuves. Il a fallu prenelre d'urgence des mesures Dur la surveillance et la sauvegarele des nmeubles abandonnés par les Allemands, es commissaires de police ont, en consé-.îence, reçu l'ordre de elésigner, par groupe î quinze maisons environ, un habitant I10110-iblement connu, chargé de surveiller les ameubles elélaissés par les militaires alle-anels, de signaler tous faits délictueux et empêcher qu'on en enlève quoi que ce soit. Ces maisons étant au nombre de plus ele nej cents, on a organisé un service spécial 3 surveillance et de préservation des meules et objets divers. Des employés feront îlever les objets fournis par la Ville, s'ils* >nt encore utilisables. On dressera, en ou-, e, un nouvel inventaire que l'on confrontera pec les inventaires existants afin de consta-;r les vols commis par les occupants. Les i.ves seront fermées et mises sous scellé, es clefs de la maison seront déposées chet commissaire de police de la division si lz nopriétaire ou le locataire principal ese Dsent. A partir el'liier, dimanche, la police et la istice belges ont repris tous leurs pouvoirs, es magistrats de tous orelres, les avocats et s avoués seront mobilisés. Les elispositions it été prises pour créer des postes ele police )mbreux : il y en aura une cinquantaine pour igglomération bruxelloise. Ces postes seront aiforcés par la police locale et la garde com-unale.Chacun des postes comprenelra en plus îs magistrats, quelques avocats. Les elélin-îants seront jugés et emmené> immédiate-cnt. Quelques boy-scouts seront à la elispo-tion eles divers postes. Le Conseil communal de Bruxelles est tisi d'une proposition tendant à élever un onument à la mémoire des Belges fusillés ar orelre ele l'autorité allemanele au Tir na-onal. Cette proposition a été renvoyée au )llège, qui l'examinera de façon à lui elonner ae solution rapide. 11 est probable qu'un îcorel avec toutes les communes ele l'agglo-ération en vue de l'exécution du projet. L'autorité allemande a remis à M. Bras-11e, conseiller communal de Bruxelles, sur s instances de cetto personnalité, une somme i plus ele 4°o»ooo francs rei>résentant le on tant des dépôts faits par certains con-nnnés.Le Conseil communal ele Bruxelles a elécidé i elonner le nom d'Aelolphe Max au bouln-ird élu Nord. D'autre part, le boulevurel de ainaut s'appellera désormais le boulevarel Maurice Lemonnier et le boulevarel de la mue boulevard Emile Jacqmain. La ville ele Bruxelles a décidé el'adresser, 1 moment ele sa libération, un télégramme 1 Roi et à la Reine. En même temps, le Collège envoie un télé-■amme ele remerciement à tous les chefs États alliés, ainsi qu'à MM. Clemenceau, loyd George, Brauel "Whitlock et Iloover, Les personnes habitant l'agglomération :'uxelloise qui sont elisposées à loger chez les des officiers alliés, sont instamment :'iées de se faire inscrire à l'Hôtel ele ville aile Gothique), tous les jours, ele 10 heures 1 matin à mieli et de 3 à 5 heures élu soir. Des journaux parisiens proposent elenom-er le roi eles Belges maréchal ele France. Nous ne savons si cela est possible. Mais 1? it qu:on le uGIââlide fîe Quel prestige Roi Albert jouit chaz las Alliés,

Over deze tekst

Onderstaande tekst is geautomatiseerd gemaakt met OCR (Optical Character Recognition). Deze techniek levert geen 100% correct resultaat op. Dit komt mede doordat oude drukken moeilijker te lezen zijn met software dan moderne. Dat betekent dat er onjuiste tekens in de tekst kunnen voorkomen. Er wordt gewerkt aan verbetering van de OCR software.  

Il n'y a pas de texte OCR pour ce journal.
Cet article est une édition du titre L'indépendance belge appartenant à la catégorie Liberale pers, parue à Bruxelles du 1843 au 1940.

Bekijk alle items in deze reeks >>

Ajouter à la collection

Emplacement

Sujets

Périodes